Protest the Hero fait parti de ces groupes qui subissent les foudres des préjugés : un nom risible (à l’instar de Drop Dead, Gorgeous, ou les néanmoins délirants Blessed By A Broken Heart) et un clip illustrant un titre -‘Bloodmeat‘- qui pourrait faire passer ces cinq gars pour une énième formation d’emocore jetable sont deux éléments assez forts pour rebuter n’importe quel auditeur peu attentif. Et pourtant, en se penchant un peu plus sur le cas de ces canadiens, on s’aperçoit vite que leur intérêt ne réside pas dans des poses ridicules et autres semblants de technique hérités du heavy 80’s. Protest the Hero, c’est bien plus que ça, plus proche de la classe d’un The Dillinger Escape Plan que d’une blague à la Bring Me The Horizon.

Metalcore, mathcore, post-hardcore, expérimentale ou punk… Les étiquettes que l’on voudrait coller aux auteurs de ce ‘Fortress‘ sont nombreuses, même si l’ensemble est indéniablement metal, avec une grande importance accordée aux riffs, écrasants, et aux mélodies, qui ont une place dans chaque morceau. ‘Bloodmeat‘, premier single de l’album, et accessoirement plage d’ouverture, est un concentré de cette machine canadienne : rapidité, technique, fureur, mélodie, et surtout efficacité. Protest the Hero réussit la prouesse de rendre catchy ses morceaux, qui ont pourtant une structure complètement folle. Et ‘Bloodmeat‘ n’est qu’une ‘simple’ mise en bouche, les neuf titres suivants étant encore plus excitants, tous plus audacieux et barrés les uns que les autres. Durant les 41 minutes que comporte l’objet, le tempo ne faiblit jamais, et offre de nombreux moments de pure folie musicale, le morceau ‘Sequoai Throne‘ en tête : parfait de bout en bout, gratifiant l’auditeur de mosh-parts ravageurs, d’envolées au chant clair littéralement bandantes, ou encore de quelques héroïques notes de guitares. Difficile de trouver une partie ennuyeuse dans cette galette, et on ne s’en plaindra pas. Même les intros/outros font preuve d’originalité, comme les délicieuses sonorités asiatiques faisant offices de prélude à ce véritable casseur de nuque qu’est ‘Bone Marrow‘. Je pourrai faire un descriptif morceau par morceau, structure pas structure, tellement le boulot effectué par ces cinq agités est intéressant, mais je préfère arrêter là pour garder toute votre attention, de plus, vous avez déjà deviné dans quel sens la créativité du combo m’a touché, non ?

La performance des musiciens est époustouflante, chacun tire son épingle du jeu. Moe Carlson, le batteur, étonne par la diversité de son jeu, tandis que les guitaristes, Tom Millar et Luke Hoskin, régalent l’auditeur avec leurs soli tout en harmonique, leurs nombreux tappings à l’utilisation judicieuse, et leurs riffs à la lourdeur stupéfiante. La basse n’est généralement pas un instrument clé dans cette mouvance musicale, et pourtant, Arif Mirabdolbaghi, véritable clone capillaire d’Omar Rodriguez-Lopez (guitariste de The Mars Volta) ou encore de Brad Delson (guitariste de Linkin Park), se démarque des autres bassistes du genre en n’hésitant pas à faire appel aux pédales d’effets et autres tappings (lui aussi !) et slaps. Quant à Rody Walker, entre cris gutturaux diaboliques et chant clair parfait, il excelle, transformant chaque envolée lyrique en véritable hymne. Ses paroles sont assez mystiques, à l’image de l’artwork, coloré et folklorique : ici, pas de paroles à base de ‘coeurs déchus’ ou de ‘vengeances sanguinaires’, le frontman puise plutôt son inspiration dans la mythologie irlandaise ou l’histoire de l’emblématique empereur mongol Genghis Khan. Original. Et comme si cela ne suffisait pas, quand les gonzes veulent un solo torturé de claviers pour le titre ‘Limb From Limb‘, ils ne capturent pas n’importe qui : Vadim Pruzhanov, claviériste de DragonForce, groupe de speed metal débridé et récemment grand gagnant de l’effet ‘Guitar Hero III’, qui livre des notes démentes, entre synthé cheap et 8-Bit nintendoesque. En bref, sur ce skeud, vous n’entendrez que des pointures.

Ce sophomore album de Protest the Hero est une réussite totale, regroupant dix hymnes barrés, confrontant des mélodies de génie à une brutalité explosive, avec des démonstrations techniques qui ne lassent à aucun moment l’auditeur. Une oeuvre rafraîchissante, à placer entre le meilleur de The Dillinger Escape Plan et Every Time I Die, qui éloigne définitivement les canadiens de toute cette immonde scène de nauséabonds poseurs méchés et tatoués auxquels ils sont parfois assimilés, à tort.

Un grand merci à mon camarade [url=https://www.visual-music.org/visualteam-590.htm]theghostchild[url] pour la découverte.