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C’est un ciel menaçant que montre la pochette de Saturnalia, et même si le rapprochement est facile, l’ambiance émanant de ce disque est à cette image : un ciel lourd, spleeneux, dont on ne sait s’il faut se pâmer devant la beauté ou fuir l’orage qui s’annonce. Les premières notes de « The Stations » confirment, une grosse pluie va s’abattre.
The Gutter Twins est, on le sait désormais, l’association de deux figures charismatiques du rock torturé : Greg Dulli, ex Afghan Whigs et actuel Twilight Singers et, faut-il vraiment le présenter, Mark Lanegan.
Comme prévu, Saturnalia n’est pas un disque de chansons à boire. Il s’en dégage une ambiance sombre, quasi mystique sur ses mélanges choeurs/arpèges et ses morceaux plus folks, qui rappelle Alice In Chains ou, plus simplement, le superbe dernier effort solo de Lanegan.
Il n’y a rien de résolument furieux, les titres sont tous ou presque des mid-tempo qui vont crescendo vers un sommet où la musique de Gutter Twins s’apparente souvent à une machine martiale ayant atteint le point de non-retour. Ce sommet peut être musical. On pense aux guitares de « The Stations », de « God’s children » ou de « Idle Hands ». Mais les compères savent aussi faire dans la retenue sur le presque lumineux « The Body » ou atteindre de hautes sphères émotionnelles sur « I was in love with you », joyau le plus noir, le plus obsédant du disque.
C’est d’ailleurs sur ce genre de titres plus calmes que Gutter Twins s’affirme réellement, au delà des clichés vaguement grunge auxquels sont attachés Lanegan et Dulli.
Sur l’extraordinaire « Circle the Fringe » dans laquelle Dulli entame une complainte angoissée emmené par une ligne de basse ronde qui ne peut cacher la menace qui rôde, d’abord sous forme d’attaques franches de guitares et ensuite sous la forme de l’intervention de Lanegan qui semble nous tirer droit dans l’ascenseur d’Angel Heart. Captivant.
Si Lanegan reste l’un des tous meilleurs interprètes actuels, Dulli ne fait pas de la figuration, sur le très beau « Seven Stories Underground » dans lequel la paire semble résumer le thème du disque en une phrase : « Heaven… it’s quite a climb… ».
Beaucoup de sommets, très peu de faiblesses, Saturnalia est un excellent disque, même s’il n’évite pas tous les pièges tendus ici ou là, à ranger entre les disques de A Perfect Circle et de Johnny Cash.