Présent sur place depuis 2013, l’attente derrière cette édition de Rock en Seine était grande. Dès la première annonce de The Cure à la mi-septembre, le festival affichait de franches ambitions, et la suite de la programmation n’a rien fait pour calmer les ardeurs. Trois jours pour dresser un panorama sans fard du rock sous toutes ses formes, du plus viscéral au plus émouvant. Du plus jeune au plus vieux. Et par moments, tout en même temps.
Vendredi, célébration rock et grande messe.
La mise en jambes Wet Leg
La météo du jour invitait à la Chaise Longue, mais nous étions bien aux premières loges pour célébrer le retour de Wet Leg à Rock en Seine. D’autant que nous n’avions pas encore eu l’occasion d’entendre les morceaux de Moisturizer en conditions réelles. Tir rectifié avec panache : un set de 15 titres, idéal pour lancer les hostilités du week-end en passant en revue les trois quarts de leur répertoire. Véritable machine à tubes, imparable mélodiquement, conjuguant puissance brute et sourires complices, le groupe a tout pour s’installer tout en haut de l’affiche d’ici peu.
Les retrouvailles The Black Keys
14 ans et un Zénith de Lille, voilà ce qui nous séparaient physiquement des Black Keys jusqu’à ce jour d’août 2026. Dans un set vintage aux allures de best-of, Dan Auerbach et Patrick Carney ont sortis leurs titres les plus populaires ainsi qu’une cover de I Wanna Be Your Dog qui a secoué nos cervicales. Un show fun et très réussi, bien plus que nous l’attendions pour être honnête. Parfait pour nous rappeler les heures de gloire du duo et suffisant pour redonner une chance à No Rain, No Flowers sorti l’an dernier.
L’épiphanie Nick Cave and The Bad Seeds
Existe-t-il un autre artiste capable de nous envoûter à ce point, quel que soit le titre joué ? C’est la question que l’on continue de se poser quelques jours après cette démonstration d’amour, de don de soi et de générosité. Le légendaire Nick Cave et ses Bad Seeds ont une nouvelle fois terrassé le public de toute leur classe. Une prestation qui laisse pantois. On se retrouve là, bras dessus, bras dessous, au bord des larmes, à échanger des regards incrédules avec ses voisins devant tant d’énergie — sans que rien ne trahisse les 68 ans du bonhomme.
Personnage unique au répertoire transfiguré sur scène, il signe un concert magistral, sans conteste le meilleur show de Rock en Seine. Into My Arms vient clore le récital : Nick seul au piano, faisant chanter une bonne partie du domaine de Saint-Cloud avant d’imposer un silence de cathédrale entre deux notes. Cette communion et ces derniers chœurs nous ont porté sur le chemin du retour, et résonnent encore aujourd’hui. Même si c’était la cinquième fois qu’on le voyait, ce qui devrait convaincre les perplexes, les infidèles d’aller voir ce grand prédicateur lors d’un prochain passage déjà fixé en 2029.
Samedi, entre pogos et émo.
Le coup de coeur Mannequin Pussy
Révélation de l’année 2024 avec I Got Heaven, Mannequin Pussy ouvrait les hostilités ce samedi. Missy Dabice et sa bande ont balayé l’averse d’un revers de manche grâce à un rock oscillant entre déflagrations hardcore pied au plancher et envolées mélodieuses d’une grande finesse. Véritables chimères sonores, leurs compositions happent d’emblée : si l’on retient en priorité Loud Bark et Split Me Open, le reste du set réclame tout autant l’attention de vos tympans. Des rictus rageurs, une diatribe bien sentie et un cri de ralliement en guise d’estocade : l’exécution était impeccable et donne une furieuse envie de replonger dans leur discographie.
À la prochaine et on l’espère vite.
La confirmation Man/Woman/Chainsaw
A première vue, Man/Woman/Chainsaw a l’air de s’être formé dans le BlaBlaCar en route vers le festival. Un style vestimentaire par personne et on a l’impression que chacun y va de sa propre composition en prenant le lead sur le micro. Au début, il faut s’accrocher devant autant de variété mais le cocktail prend. C’est jeune, audacieux et surtout ça jongle entre noise, post-punk et envolées de violon dramatiques et dissonantes. Aucun doute que l’expérience en salle soit prometteuse/brillante/transcendante.
La mastertarte Turnstile.
En 2023, Turnstile passé pour la première fois une tête à Saint-Cloud pour un set à la cool et à l’époque, il était difficile de les croiser sur le territoire français. De ce passage à 17h sur la même scène à un Zénith 2025 à un quasi statut de headliner, il n’en faut pas plus pour mesurer le chemin parcouru depuis la sortie de Glow On il y a 5 ans. Pourtant, votre serviteur et sa bande se sont posés tranquillement à 8 mètres de la fosse en face de l’écran gauche sans se douter de la déflagration à venir. Birds et sa première demie-seconde a éparpillé tout le monde sur une trentaine de mètres. Loin d’être un cas isolé, ce premier titre et tout ce qui suivra seront sans concurrence possible les plus gros pogos constatés par mes humbles yeux depuis ma présence sur site en 2013. Entre la puissance du show, l’engouement du public et le bordel, le groupe a retourné le festival, son public et les réseaux sociaux au vu du nombre de vidéos qui traîne depuis.
Une prestation monumentale, instantanément inscrite dans les annales du festival.
Le rassemblement Deftones.
Après son Adidas Arena pleine à craquer en janvier dernier, les Deftones continuent leur bonhomme de chemin dans le train de la hype avec cette place de closer méritée au vu du nombre de personnes présentes dans la fosse de la Grande Scène. Une semaine plus tôt au All Points Easts, on aura vu 5 morceaux de plus avec une scénographie similaire portée par un écran vertical géant mais cette version parisienne nous a semblé plus dynamique et immersive. Grâce à un Chino Moreno toujours en deux sauts et un groupe au diapason. La prestation du groupe est complètement raccord avec leur statut de rouleau compresseur et la setlist a réussi à naviguer dans 30 ans de discographie sans nous frustrer. Planant, nostalgique et énergique, ce concert nous a donné un sacré paquet d’émotions.
Du lycéen au sac à dos patché au papa quinqua avec l’enfant sur les épaules, c’est sûrement le set le plus intergénérationnel du week-end.
Dimanche, pour clore le bal la tête dans les étoiles.
La parenthèse Slowdive
Lors de leur dernière venue en 2017, Slowdive fêtait les 3 ans de sa reformation. Ce retour venue de nul part s’est transformé en une résurrection matérialisé par un everything is alive apprécié massivement. Les voici avec pour lourde mission de divertir une foule de fans de The Cure prêt à camper toute la journée dès l’ouverture des portes afin de voir leurs êtres-aimés en étant bien placés. En jouant majoritairement Souvlaki, le groupe a assumé la carte rétro et c’est sûrement ce qui collait le mieux à cette audience. Lourd dans le son et éclatant dans l’interprétation, c’était une parfaite mise en jambes pour s’infiltrer ensuite dans la masse de t-shirts noirs.
Interpol, en terrain inconquis
Jouer quatre titres d’un album deux jours après sa sortie, c’est cavalier. Assumer le costume trois-pièces sous 25 degrés relève de la bravoure. Mais capter une foule à l’attention d’un zombie après deux heures de doomscrolling, c’est une mission suicide pour n’importe quel groupe. Malgré toute notre affection pour les New-Yorkais, croisés une dizaine de fois dans toutes les configurations possibles, le set nous a paru poussif. L’élégance feutrée de This Mirror Weighs a Ton supporte mal la lumière crue d’une fin d’après-midi en plein air. Pioneer to the Falls, PDA, Slow Hands ou Obstacle 1 ont sauvé les meubles en faisant remuer quelques têtes et bras complices — les nôtres aussi bien sûr.
Interpol partagera l’affiche avec Bloc Party au Zénith de Paris le 16 octobre prochain, vingt-trois ans après leur passage commun au Splendid de Lille le 24 mars 2003.
La communion The Cure
7 ans après, The Cure revient à Rock en Seine. Résultat, la totalité des billets à la journée était vendu dès son annonce. L’amour de la France et de la capitale pour les anglais n’est plus à prouver et le fait que cette date était la première annoncée en Europe en 2026 au moment de l’annonce expliqueront le phénomène. 29 albums provenant de 12 albums différents, les Cure ont donné le récital dont ils ont l’habitude avec quelques surprises au menu. The Last Day of Summer issue de Bloodflowers, Mint Car de Wild Mood Swings et Secrets de Seventeen Seconds faisaient partie des invités inattendues de la soirée.
Rodé comme toujours, le groupe nous a régalé du début à la fin avec un Robert Smith à la voix intemporelle et jamais avare en signes de remerciements au public et quelques balades en solo pour aller saluer la fosse le long des deux écrans. On ne sait pas si on aura encore l’occasion de les revoir mais il est sûr qu’elle restera dans nos mémoires. Et pas seulement parce que Simon Gallup est maintenant le sosie officiel de Jack Lang mais plutôt parce que la Grande Scène n’a peut-être jamais aussi bien sonné.






















