Alors que la France, des Inrocks à François Bayrou, est subjuguée par cet imposteur d‘Orelsan, Jarring Effects introduit dans notre beau pays un rappeur new-yorkais d’origine porto-ricaine, Oddateee, avec son second album intitulé ‘Halfway Homeless‘, produit par Dälek. Produit par Dälek. Les deux mecs qui, avec leur hip-hop noisy aux expérimentations industrielles, ont tourné avec Isis ou The Melvins. Déjà, ça promet. Donc, Oddateee. Avec trois ‘e’, s’il te plaît. Livreur de boissons la journée, père de famille la soirée, virulent MC la nuit, fumeur de weed à temps perdu. Vaste programme. Ces compositions semblent refléter sa vie : sombre et suante. A travers treize titres à la fois organiques et cliniques, voire hypnotiques (l’excellente ‘The Hood‘), nous amenant davantage dans les tréfonds d’un squat new-yorkais enfumé que sur une plage porto-ricaine, même des plus mal-famées, le bonhomme lâche ses paroles rentre-dedans avec une aisance déconcertante, quasi-nonchalante. Distribuant des coups de tronche sonores et textuels pendant près d’une heure (et ça commence dès ‘The Odd‘, qui va bien te rentrer le nom de ce mec dans ton cortex), Oddateee nous achève avec ‘My Ex‘, brûlot poignant à l’accompagnement impeccable -où la patte de Dälek est turbo-perceptible-, permettant à Orelsan et sa médiocre polémique (cf. ‘Sale Pute‘) de tranquillement rentrer à Caen pour s’endormir tout bourré, avec la béquille, dans les tribunes du Stade Malherbe.

L’étiquette Jarring Effects est déjà un gage de qualité. La production de Dälek est un don du ciel (big up à Beubeu 16). Oddateee nous offre un album génial, mixant avec agilité hip-hop radical et bidouillages-nappes bruitistes, pouvant faire le bonheur des fans du côté le plus rap de l’admirable Saul Williams. Apparemment, celui qui se sent comme un semi-SDF est déjà prêt à nous livrer un nouvel album. Ça tombe bien, on en redemande.