Partir à la rencontre de Sparklehorse, c’est un peu s’en aller apprendre la peur, c’est une promesse d’un héritage d’une inestimable fortune en échange d’une fameuse nuit dans un manoir victorien hanté. Il y aura des pertes, des cris, mais au final le gain peut aller au-delà des espérances les plus folles. Et avouons qu’un groupe pop baroque évoquant une maison hantée du dix neuvième siècle, la sorcière de Blanche Neige et les recoins les plus sombres de l’âme est autrement plus excitant que la villa californienne, la piscine et les nanas siliconées de ¾ des groupes décérébrés actuels.

Même s’il dit la craindre (le dernier Sparklehorse a failli s’appeler ‘Fear of pop‘), la musique de Mark Linkous devient avec les années de plus en plus immédiate et l’on commence à sentir poindre l’aube après la nuit dans le château hanté. Impression confirmée sur le projet ‘Dark Night of the Soul‘. Linkous écrit, DangerMouse produit, Lynch fait des photos et permet de faire monter le prix de vente, et des invités chantent. La liste de ces derniers a de quoi faire fantasmer et dès les premières notes de ‘Revenge‘, toutes les promesses sont atteintes. Déprimé, intense, mélodique, sombre, le titre chanté par Wayne Coyne est un petit miracle. La première moitié du disque frise le fantastique : ‘Revenge‘, ‘Just War‘, ‘Jaykub‘, ‘Little girl‘, ‘Angel harp‘ et ‘Pain‘ accrochent, envoûtent, offrent mélodies tarabiscotées, douleur sous jacente et l’exutoire qui va avec. La deuxième moitié est plus hésitante, plus expérimentale, moins réussie, tout simplement. Toutefois, au-delà de ses disparités, ‘Dark Night of the Soul‘ souffre d’une surprenante carence en surprise. En effet, si l’écriture de Linkous et la prod de DangerMouse offrent souvent de l’unité, chaque chanson semble avoir été taillée sur mesure pour l’invité vocal ce qui peut mettre un peu à mal la cohérence. Psyché pop pour Coyle, Mercer, Rhys ou Lytle (présent deux fois dont le génial ‘Everytime I’m with you‘, balade en carrousel au milieu de la parade de monstres), rock urbain déprimé pour Casablancas, pop acidulée pour Nina Person, blues rock pour Frank Black et Iggy Pop (l’excellent Pain). Lynch pousse la chansonnette profitant de son statut d’artiste suprême sur l’interlude quelconque ‘Star eyes‘ et durant le final de film d’horreur ‘Dark Night of the soul‘, assez terrifiant. Malgré le nom du projet qui réfère à la solitude spirituelle, l’ensemble est assez lumineux surtout comparé aux précédents efforts de Linkous. Le sucré ‘Daddy’s gone‘ où il chante en duo avec Nina Person et le superbe ‘The man who played God‘ (chanté par Suzanne Vega) offrent une légèreté certaine au projet dont le principal reproche reste la petite frustration d’entendre Linkous se fondre dans le moule des autres lorsqu’on aurait voulu l’inverse.

Au final, c’est l’effet compilation qui empêche ‘Dark Night of the soul‘ d’atteindre le niveau d’émotion que les albums de Sparklehorse atteignent. La faute à quoi ? La production un peu lisse de DangerMouse ? Un Linkous ne s’imposant pas assez ? Des invités trop gros ? A croire que Linkous a tellement peur de la pop qu’il s’est mis en retrait. Chacun ira de sa théorie mais l’important est que ‘Dark Night of the soul‘ contient assez de bonnes voire grandes chansons pour tenir la route. Et le manoir hanté est toujours aussi fascinant.

PS : à l’heure où l’on écrit ces lignes, l’album ne sortira pas mais est dispo où vous savez, alors faites vous plaisir, c’est DangerMouse qui vous le demande.