C’est l’histoire d’un type qui vient de débarquer à la fac. A la même époque, il récupère une tonne de disques. En ces temps reculés, pour garder contact avec ces ami(e)s, c’est par la plume qu’il faut passer. Un jour, dans sa tonne de disques, il sort ‘New Adventures in Hi-Fi‘ et s’installe sur son bureau. Il écrit. Et dans cette lettre, il mentionne l’air de rien qu’il est en train d’écouter REM et putain, il se sent comme le type le plus cool du monde.
Quel con.
REM n’est plus cool depuis fort bien longtemps. Ce n’est pas en écoutant le groupe préféré de Brandon Walsh (la sensibilité démocrate du groupe d’Athens plaisait au héros de Beverly Hills ancienne version) que notre jeunot du jour va emballer de la jeune et jolie étudiante. Pourtant, et c’est là le petit miracle de ce ‘Live at the Olympia‘, en l’écoutant lors d’une fin d’après midi durant laquelle le soleil automnal n’a pas été avare, il se dégage une sensation amusante de coolitude invraisemblable. Comment est-ce possible ? La preuve part trois :

1-‘Live at the Olympia‘ est un disque qui n’en veut : été 2007, REM annonce qu’il va donner cinq concerts dans la petite enceinte de l’Olympia à Dublin. Le but avoué est de tester avant de détester les nouvelles compositions d’un groupe qui venait de se prendre une grosse claque en ayant sorti un ‘Around the sun‘ que la critique n’a pas épargné. Remonté à bloc, galvanisé par le concept « this is not a show », le groupe joue comme lors d’une répèt’. Ce qui signifie Dieu merci pas de méga tubes lacrymales mais des nouvelles chansons rock et des anciennetés rock elles-aussi. Ce qui nous amène au deuxième point.

2-‘Live at the Olympia‘ est un disque généreux : le dernier live de REM était une belle merde, c’est donc circonspect qu’on jette une oreille à celui-ci. Pourtant il y a plus de chansons sur ce live que dans la discographie entière des Strokes. Et la part belle est faite à une époque lointaine où Stipe n’avait pas perdu la foi. Outre les chansons de ce qui allait devenir ‘Accelerate‘, seules 5 chansons (sur 39 !) des deux dernières décennies sont présentes. Et non ce n’est ni ‘Everybody hurts‘ ni ‘Losing my religion‘. Tout comme Metallica qui désormais pioche allègrement dans son back catalogue plus que dans ‘Load‘ ou ‘Reload‘, REM mise sur les oldies but goldies ‘Murmur‘, ‘Reckoning‘ et ‘Chronic Town‘. Et avec bonheur. Les initiés jubilent, les jeunes oreilles s’initient. De plus, on retiendra que l’une des rares « jeunettes », en l’occurrence ‘I’ve been high‘ (‘Reveal‘), est jouée de manière bien plus organique prouvant encore une fois que c’est en studio que REM s’est perdu ces dernières années

3-‘Live at the Olympia‘ est un disque qui montre un groupe qui retrouve la foi : presque toutes les chansons de ce qui allait devenir l’album ‘Accelerate‘ sont ici. Avant l’inédit ‘On the fly‘, Stipe annonce qu’il s’agit là d’une nouvelle chanson écrite pour l’album et qu’il l’adore. S’en suit une ballade chiante comme pas permis. Fait amusant (fait exprès ?) avant l’agitée ‘Man-sized wreathStipe déclare que cette chanson ne figurera pas sur le disque. Au final, c’est la chanson rock que l’on retrouvera sur ‘Accelerate‘. Que faut-il en conclure ? Que ce qui transparait en écoutant ‘Live at the Olympia‘ a dû transparaitre aux membres du groupe : ce sont les chansons rock qui sont les meilleures, c’est lors de ces moments que le groupe assure le plus et c’est là que doit aller REM en ce moment.

Cet album est un document franchement intéressant d’autant plus qu’il permet d’évaluer la différence entre les nouvelles chansons avant et après enregistrement et là deux choses frappent : la maitrise du groupe car tout ou presque est en place ( à l’exception notable du single ‘Supernatural superserious‘ qui est présent sous son nom de travail ‘Disguised‘) qu’il s’agisse des solos, des paroles ou des choeurs. Enfin, le fait que les chansons plus calmes d »Accelerate‘ ont été un peu trop polies à l’enregistrement, ‘Houston‘, ‘Until the day is done‘ ou ‘Mr Richards‘ sonnent cent fois mieux ici.

Live at the Olympia‘ rappelle ces vrais albums lives d’autrefois, ceux qui ne sont pas un greatest hits balancé à la va-vite, non ici c’est vraiment à la fois un best-of (différent du greatest hits, nous sommes d’accord) du groupe géorgien et un témoignage d’un groupe au travail, d’un groupe qui redécouvre sa religion. Aussi intéressant pour les fans que pour les novices ‘Live at the Olympia‘ procure cet étrange sentiment, ce petit sourire en coin, du bonheur presque. Et c’est cent fois plus cool comme ça.