Un démarrage à violents coups d’accords étouffés, suivis d’un riff en excès de vitesse : la machine June DeVille toussote un peu et démarre, prête à nous tracter sur 12 titres et 50 minutes. On sort tout de suite le gros son pour mettre les choses au clair : en reprenant des expressions maintes fois usitées, ces 3 suisses là font du rock qui tâche, qui sent la bière et la sueur. Pas la blonde légère et rafraichissante, ni la petite suée après avoir grimpé 2 étages : la ténébreuse au goût prononcé et pas vraiment doux, et la grosse sueur qui perle, qui coule, qui sent.

Après un démarrage en trombe, et l’interlude larsenno-dalmatienne, l’ambiance se calme et s’assombrie avec The Whore. L’ombre géante de Kyuss plane sur le titre, bien plus planant que le frénétique début d’album. Les basses y sont pesantes et lourdes, l’impression d’écrasement perceptible. Balloté dans tous les sens, bousculé, pour finalement être laissé au sol, sous le ciel et la chaleur torride du désert californien. C’est là une très belle prouesse de June DeVille : démontrer qu’on peut être originaire des verdoyantes montagnes suisses et jouer un rock assoiffé et poussiéreux, californien dans l’âme.
Tout au long de l’album, le tempo varie donc entre le stoner extra-lent et les rythmiques plus agressives et enlevées, comme sur Trough Stone Eyes et sa bloody intro Black Sabbathienne. Pour citer d’autres grand moments de l’album, il y a le break de We Want Babies qui en laissera plus d’un par terre, le charmant The Flat Side Of Earth, ou encore le coup de grâce porté par Pornocracy qui clôture le disque.

A l’issue des premières écoutes, on oscille entre une impression étrange de déjà entendu et la perception d’une certaine ingéniosité dans la construction des titres : un mélange tout de même assez curieux. En fait, en piochant un peu partout, le groupe ne crée pas vraiment quelque chose de révolutionnaire, mais l’originalité des compositions et les riffs sont là, et sont très efficaces. Associés à une très grande maîtrise, et un plaisir communicatif, le trio parvient alors à laisser sa marque parmi toutes les traces déjà présentes dans le désert. Une belle empreinte de Rock.

Au final, June DeVille c’est ce vieux jeans qu’on traine depuis des années : il est un peu usé, taché, troué, mais putain qu’on est bien dedans. On connait bien sa coupe imparfaite, mais on le porte avec joie, fier de montrer les épreuves qu’il a traversé. On a beau avoir des trucs plus récents à porter, on préfère celui-là. Et que les autres aillent se faire foutre.