J’ai mis du temps à savoir ce que je pensais réellement de cet album. Ayant toujours adoré chez les Willowz l’ambiance acérée & bordélique, les guitares grinçantes, la voix aigüe du moche Richie & l’atrophiée batterie qui se démène tant bien que mal dans un coin de mon oreille droite; j’ai abordé cet album avec beaucoup d’excitation. Seulement voila, problème de sauce dans les pâtes. On dirait surtout que le moche Richie a apprit à chanter; et ça me désole, puisque les guitares perdent de leur grincement, les fûts mollement martelés sont de plus en plus clairs & l’on peine à s’y perdre. Disons pour simplifier que la curieuse ambiance juvénile a été amputée depuis le dernier album; la sauce a perdu de son goût, de son piment. Cependant, les pâtes sont toujours là; ces quatre laids et leurs épouvantables chevelures qui nous crache à la gueule un ‘tuez du hippie’ cinglant. Ces quatre effroyables pacifistes léthargiques n’oublient pas d’envoyer la pâtée habituelle, sur les même riffs discordants (une gratte à droite, une gratte à gauche, et la basse un peu à la trappe) les même tons désinvoltes où ils récitent purement leurs affolantes aventures californiennes. Et puis cette façon négligente de claquer des phrases le temps d’un soupir, de gémir en rythme sans affoler toute la chanson; source du talent & de l’ambiance papier-carton-chewing gum des Willowz. Science Of Sleeps de Michel Gondry est évidemment le film qui colle à cette mini débauche juvénile, où les Willowz sont parfaitement coincés entre une histoire d’amour tordue et les création matérielles en plastique ciseaux d’un jeune brun timide.

Ce que j’aime particulièrement chez les Willowz, c’est qu’ils ne roulent pas des mécaniques, n’essayent pas de passer leurs ondes là où l’on refuse, ne se fringuent pas dans le cliché profond ([url=http://vox2.cdn.amiestreet.com/band-picture/The-Willowz_bh-DtVrudl0x_full.jpg]oui, doux style vintage[url]) ; ils sont totalement dénués d’une prétention qui n’a pas lieu d’être, mis à part en ce qui concerne les petites chemises qui puent le cow-boy qui peuvent constituer une certaine recherche esthétique…

Voila, les Willowz font de la musique de moche, qui ne touche que les moches. C’est pour cela que les Willowz ont leur petite place bien rembourrée dans le rock crasseux actuel, et que leur pâté pour moches si bien aiguisé nous envoie une bonne barre à la gueule. Tu es moche, je suis moche, tu fais de la musique de moche; et comme je suis moche, j’aime ta musique de moche.

Trêves de plaisanterie, j’attends depuis trop longtemps que les Willowz s’écartent de leur trou à rat et soient enfin reconnus en France, hors champs arty; comme d’excellents rockeurs savant torturer le treble frétillant jusqu’au hurlement fanatique en y ajoutant une nasillarde déclaration d’amour toute aussi aiguisée. ‘Everyone‘ est bon, ‘Everyone‘ est excitant, mais Everyone n’est pas aussi excitant que ‘Talk In Circles‘ (crépitant) ou ‘Chautauqua‘ (très très crépitant) puisqu »Everyone‘ reflète la maturité, la responsabilité (juste un peu, mais déjà trop). Il attache les Willowz à un poteau d’infusions post-adolescentes tout en gardant des paroles pétasses & immatures. Une boue de paradoxes crasseux. ‘Everyone‘ est tout de même le support de très bonnes chansons, qui n’attendent pas plusieurs écoutes pour gicler (‘Jimmy James‘ foutraque jusqu’aux reins, mais surtout l’excellent ‘Everyone‘ dernier morceau martelé avec jouissance, refrain excellent, assez détaché le l’album). Le single injecté sur la toile il y a quelques semaines est finalement mauvais par rapport au reste de l’album, paraît morne & plat lorsqu’on le compare à ‘Way It Seems‘ aux allures changeantes & virant vers tout les bords à la fois où l’on retrouve cette fameuse façon de chanter du moche Richie. De plutôt bons morceaux finalement.

Mais ce qu’il manque cruellement à cet album, c’est une grosse injection d’insouciance. A part ça, tout y est, bien en place, bien carré, bien dégoulinant.

‘Peut mieux faire’ ou ‘Doit exploiter son potentiel’.