You Say Party! We Say Die! : une de mes plus belles surprises de ces dernières années. Les cinq canadiens ont surgi de nulle part il y a cinq ou six ans sous forme d’ouragan indé, encore trop peu connu si on considère la qualité et l’énergie de deux albums que je n’imaginais pas pensables. Une sauce disco-punk rugissante, légère et grave à la fois, qui s’infiltre dans les moindres interstices du cerveau et du corps. Un rock sexy et viral, qui accuse une évolution sidérante en deux disques : du fun gentiment morbide et sauvage, on est passés à une pop plus mélancolique et déchirée, sans jamais quitter entièrement le dancefloor.

Leur troisième album s’intitule XXXX. Censure ? Que cachent ces quatre « X » ? Les lettres du mot « fuck », « shit », « cunt » ? Non : « love ». XXXX est un album sur l’amour : interdit, invisible, indicible, furieux et désespéré. L’ambiance se refroidit à Vancouver. Pochette noire et spirale tombale, claviers sombres et bals funèbres : YSPWSD entame son crépuscule. Bien sûr, on retrouve les accès de folie qui caractérisent le groupe. ‘Glory‘, ‘Make XXX‘ ou encore ‘Cosmic Wanship Avengers‘ ramènent à l’indie pop-geek dansante et volontairement couillonne des deux précédents disques. Ça balance, ça cogne, ça appelle à la partouze intersidérale : le quintet chevauche les pixels de Space Invaders et tape du beat seventies sexuel.

XXXX est pourtant un album grave et profondément hanté. L’autre facette du groupe éclate comme un appel de phares dans une forêt le soir. La voix de Becki Ninkovic n’a jamais autant sonné comme celle d’une prêtresse new-wave. ‘There Is XXXX Within My Heart‘ ouvre le disque sous forme de réveil langoureux d’entre les morts, le disco revendicatif de ‘Lonely’s Lunch‘ a l’air d’un autre monde, et ‘Laura Palmer’s Prom‘ me plonge en plein Twin Peaks, avec ses synthés kitsch et possédés, juste avant la nuit fatale. Parce que XXXX se construit comme la fin du jour, comme l’instant de lucidité et de violence juste avant la mort, comme le dernier serment. « You can have my loyalty, my love », promet Becki dans le meilleur titre de l’album (‘XXXX/Loyalty‘), messe noire électro toute en tension.

You Say Party! We Say Die!
se fait rattraper par le destin un an après l’album. Trop fidèle à son nom, le groupe perd son batteur Devon Clifford, foudroyé sur scène par une hémorragie cérébrale en 2010. Le nouveau line-up devient You Say Party! et a depuis repris son entreprise de conquête de ce monde et de l’autre. Une puissance rare dans le rock, que XXXX illustre avec une volonté désarmante.