Sur la montagne du succès, on distingue trois groupes au même endroit : Arcade Fire, les Foo Fighters et REM. La différence est que celui qui nous intéresse aujourd’hui est en train de descendre. Si ce n’est en France, patrie où l’on se targue d’avoir glorifié Placebo et Muse avant tout le monde, la sortie d’un album de REM est un événement musical non négligeable. Après tout on parle d’un des seuls groupes ayant réussi à être à peu près généralement adulé tout en restant à peu près indé tout en étant sur une major et en restant à peu près cool. Cette semaine sort Collapse into now et tout le monde s’en fout. Il faut dire que le calendrier est chargé en sortie autrement plus excitante mais cela n’explique pas tout. Aussi chouette fut-il (que futile ?) Accelerate n’a pas marqué grand monde car il n’était pas non plus le grand regain d’inspiration que certains ont voulu y voir. Et REM a désormais le cul entre deux chaises, trop gros pour être indé, trop petit par rapport à son statut des années 90.

Avec Collapse into now, REM fait le choix de la dignité et tente de continuer à publier de la bonne musique au moment où le groupe entame sa quatrième décennie active. Pas de concept, pas de réinvention, ce quinzième album est du REM générique. Musicalement, l’album continue sur la bonne lancée d’Accelerate en faisant souvent preuve d’énergie (Discoverer, All the best, Alligator Aviator Autopilot Antimatter, Mine smell like honey tous plein de riffs sans jamais sonner heavy, c’est une qualité) et alterne avec des balades parfois franchement jolies (Everyday is yours to win, Walk it back) parfois franchement chiante (Oh my heart ruinée par le préchi précha de Stipe). Pas de problème de ce côté là, REM est réglo et suit son cahier des charges. Ils font un peu d’autocitation sur Uberlin qui sonne comme Drive en plus rythmée vingt ans après et comme chacun le sait, c’était mieux avant (sauf pour les fans de post-rock pour qui c’était mieux après). Peter Buck semble toujours avoir repris le dessus sur Mike Mills, on ne va se plaindre non plus. Stipe reste toujours un parolier et un chanteur étonnant -qu’on a quand même envie d’étrangler chaque fois qu’il prononce le mot « government »- et il écrit de meilleures chansons lorsqu’il cite Martin Sheen que lorsqu’il évoque Marlon Brando, ce garçon fait vraiment tout à l’envers. Bref, le lecteur attentif l’aura compris, nous sommes grosso modo devant le même disque qu’Accelerate. Alors pourquoi l’album de 2008 déclenchait un petit enthousiasme que Collapse into now peine à recréer ? Réponse dans l’artwork. En 2008, un trait grossier, un noir et blanc implacable et un groupe qui avait deux ou trois vraies bonnes choses et une véritable envie d’en découdre, de faire oublier les sages Reveal et Around the sun. Ici une horrible photo photoshopée avec de jolies couleurs contrôlées, maitrisées presque synthétiques. L’envie semble en demi-teinte (d’ailleurs aucune tournée n’est prévue pour défendre ce disque), un petit sentiment de « ça fera l’affaire » émane de Collapse into now, disque plein de bonnes intentions où le savoir-faire est là, intact, mais la magie ou l’alchimie ou la mayonnaise ne prend jamais vraiment et on se retrouve avec un autre album pas mauvais de REM. Un de plus. Rien de plus.