Quand ton pseudo c’est TheGhostChild, tu as tendance à avoir l’oeil attiré par certaines choses. Les jolies brunes à la Winona Ryder pour commencer mais cela ne présente qu’un petit intérêt musical. Encore que… Pendant que tes potes -enfin les gens en cours avec toi, nuance- s’échangeaient leurs VHS du téléfilm érotique de M6 (plus tard du porno de Canal+) et se masturbaient devant lors des visionnages du mercredi après midi entre potes, tu étais dans ta chambre en rêvant que la Winona déjà évoquée viennent te parler de son groupe favori, les Replacements. A l ‘époque tu n’écoutais pas les Replacements car tu es né dix ans trop tard. Par contre tu as le bonne âge pour t’être pris les Smashing Pumpkins en pleine poire et tu es sévèrement traumatisé. Si bien qu’à presque trente ans ton oeil (nous y revenons) semble apercevoir tous les S et P autour de toi. Tu mets toujours les poivrières et salières dont l’embout est en forme de lettre de manière à ce que cela forme SP. Oui tu es gravement atteint. Si le sel et le poivre te font penser à tes -ton- héros d’adolescence, inutile de préciser que lorsque tu aperçois le nom sacré dans une interview, ton alarme se met en marche. Il y a un peu plus d’un an, tu lisais que les excellents The Pains of Being Pure at Heart se déclaraient de purs petits gars indé méprisant tout ce qui ne correspondait pas à leurs critères de raffinement. Ils illustraient leur propos en citant les Smashing Pumpkins, ces méprisables salopards vendus. Ce n’est pas comme si tu n’étais pas habitué à lire ce genre de choses mais le magazine en question trainant dans un lieu de lecture privilégié où tu t’installes 3 à 4 fois par semaine lorsque tu ne manges pas trop de riz, tu as eu le temps de lire et relire ceci.

Aussi tu étais étonné lorsque tu as appris que le deuxième album des toujours excellents The Pains of Being Pure at Heart allait être produit par Flood et Alan Moulder. Les puristes indé crient PJ Harvey, mais toi tu t’en branles de PJ Harvey (dans le sens tu t’en fous hein…), tu penses Mellon Collie & the Infinite Sadness. Ensuite tu penses à I to Sky. Et à Nine Inch Nails, après. Tu as bien ri dans ta barbe que tu aimes avoir rasée en ce moment. Quand tu as vu qu’un extrait était écoutable, tu l’as écouté. Belong. Un arpège aérien et soudain une énorme distortion sortie de Cherub rock pourtant produit par Butch Vig. Et la basse, massive. Et tu y as cru. Non pas à quelque chose qui te provoquerait le même émoi car tu sais que cela n’arrivera jamais plus, théorie de Scorsese oblige. Non tu t’es dit que tu tenais peut être là un I to Sky en puissance. Alors tu as fait chier ton patron Ross. « Tu peux demander à Pias de me l’envoyer ? ». Aussi généreux avec ses employés qu’il est cruel avec ses ennemis, le kaiser de Visual accéda à ta requête et tu lui en es très reconnaissant. Un soir fatigué, tu as trouvé le disque dans ta boite aux lettres et tu l’as écouté. Entendu serait peut être un terme plus approprié. Trop de synthé 80s. Pas assez de grosses guitares comme sur le single Belong. Pas le nouveau I to Sky. Première impression mitigée mais tu t’es souvenu que tu n’avais pas spécialement fait grand cas de leur premier disque à la première écoute. Tu as donc bravé le CD watermarké pour mettre la chose dans ton baladeur tout pourri, celui que tu appelles ton baladeur « de travail » non pas parce que tu l’utilises au boulot mais parce que c’est celui avec lequel tu écoutes les disques à chroniquer. Bien sûr tu n’as jamais dit à personne que tu l’appelais ainsi par peur de passer pour un gros prétentieux. Et doucement le poison a fait effet. Jusqu’à cet incroyable moment que tu adores plus que tout, celui de la quatrième ou cinquième écoute quand tu connais assez les chansons pour les attendre de pied ferme mais pas assez pour t’en souvenir, ce moment où chaque chanson est une redécouverte. Et certaines t’ont marqué. « Even in dreams », parce qu’avec « Belong » c’est la plus Pumpkin-esque du lot. « Strange ». L’arpège flottant et les guitares laiteuses de la fantastique ballade « Anne with an E » qui t’obsède un peu, tu l’as même faite écouter à une collègue. Tu aimes moins « The Body », maudit synthé. Et un matin en conduisant a commencé « Heart in your heartbreak ». Tu as chantonné en voyant le soleil se lever et tu t’es dit que le passage voix/basse, ces « No matter what you pray, it’s never gonna take the pain away » étaient beaux à pleurer. Là, tu le savais, tu l’aimes ce disque. Tu aimes ce côté très produit sur des compos sommes toutes lo-fi, tu aimes ce spleen de l’ado enfermé dans sa chambre, ces guitares fuzz, tu regrettes certaines choses notamment le fait que le groupe n’ait pas un peu plus poussé le bouton son massif de Belong (mais tu ne te l’avoues qu’à moitié car tu ne voudrais pas admettre qu’il y a un bourrin qui sommeille en toi) mais tu as le sentiment que ce groupe peut composer de fantastiques choses. Et là tu t’es dit qu’il allait falloir songer à trouver quoi écrire dans ta chronique.