A l’heure où les peuples arabes font tomber un par un les despotes qu’ils avaient en guise de chef d’État, les gars de No One is Innocent font figure d’anachronisme flagrant. En effet, Revolution.com – l’album qui a signé leur retour il y a quelques années – fustigeait l’inefficacité d’Internet, ce même Internet qui a permis aux dissidents de diffuser leurs envies de renversement de pouvoir via les réseaux sociaux. Pour un groupe dit contestataire, on est pas loin de l’epic fail, comme disent les jeunes.

Hors de question de passer pour des vieux cons. No One a décidé de se réinventer. Ce n’est certes pas la première fois que les lascars nous font le coup (débuts fusion musclée à la RATM, second album limite indus, retour rock moins rude mais toujours énervé) mais jusqu’ici ça a plutôt bien fonctionné, alors pourquoi pas ? Sur Drugstore, Kemar (chant) garde ses têtes de turc* (Le monde entier) et son habileté à utiliser les métaphores filées. Il rend une copie propre mais se met hors du coup sur les morceaux dansants – ce qui nous amène au problème majeur de l’album

No one is innocent veut nous vendre la révolution par le dancefloor en s’inspirant des saillies il est vrai rafraichissantes d’un Gossip. On y a presque cru sur l’intro maligne Cheri moog, un peu aussi sur l’acerbe Hurry up qui fait illusion; mais on est vite assommé par le groove ultra passif (Drugs) et la répétitivité criminelle (Paris) des chansons proposées. Et quand le groupe se met à sonner comme Superbus, on frôle la crise cardiaque. On se rabat sur la jolie orchestration métissée de Qui je suis et le blues façon Cake de Come on.

Le final Johnny Rotten, rageur et à l’ancienne n’empêche pas de se dire que Drugstore ressemble à un petit disquaire aux rayons peu avenants. En fouillant bien on peut y trouver des choses intéressantes, mais ce n’est pas dit qu’on y revienne de sitôt.