Depuis des années, les fans d’Oasis en sont convaincus : Noel Gallagher a en réserve une tripotée de chansons de hautes volées qu’il garde jalousement pour son arlésienne d’album solo. Le jour est arrivé. Le verdict aussi. Dans la précipitation à descendre Beady Eye pour les raisons [url=http://www.visual-music.org/chronique-1395.htm]déjà évoquées[url], au jeu des vases communicants l’ainé des Gallagher a finalement récolté toute la pression, toutes les attentes. Après tout le génie c’est lui et il va le prouver. A ce petit jeu, les fans hardcores par définition aveugles ont négligé le léger détail qui dit que la dernière fois que Noel a sorti un vrai grand disque, c’était en 1995. Souvenez-vous de votre tête en 1995 histoire de mesurer que l’eau a coulé sous les ponts. Jamais depuis il n’a livré quelque chose de pleinement satisfaisant mais si l’on suit les fans, c’était volontaire, il gardait ses meilleures compos pour lui. Comme si Noel était un mec qui s’était trainé derrière lui pendant une vingtaine d’années 3 ou 4 mecs l’empêchant de s’accomplir artistiquement…

Ce premier album solo sous le nom de Noel Gallagher’s High Flying Birds ne déroge pas à ce qui s’apparente à une règle depuis 1997. Pas à la hauteur. Voilà ce qui arrive quand on se compare aux plus grands. Si l’album regorge positivement d’idées, ce sont des idées de production qui tentent le plus souvent tout au long des dix titres de masquer les faiblesses de composition. Le disque s’inscrit dans une veine soft-rock avec des refrains se voulant épiques pour faire chialer les lads dans leurs bières tièdes. Pas de mal à ça mais le souci tient dans l’insipidité de la grande majorité de High Flying Birds qui relève le plus souvent de la bande-son un peu pleurnicharde pour documentaire de la BBC, à ce titre AKA… Broken Arrow décroche la palme avec cette intro FM et cette mélodie rappelant on ne sait plus quelle horreur de Yannick Noah. On ne sait trop s’il faut blâmer l’écriture et la voix faiblarde et poussive de Noel ou la production dégoulinante (« … Record machine » est à ce titre une horreur sans nom à tous points de vue) mais le disque est assez désagréable à écouter d’un strict point de vue auditif, mal de crâne assuré après pourtant seulement 10titres.

A l’instar des albums d’Oasis depuis Be Here Now, la faillite collective n’empêche pas quelques bons moments, parfois tout se met en place. High Flying Birds relève la tête principalement sur le single The death of you & me, meilleure chanson de Noel depuis The Importance of being idle, très fin à la fois dans la composition et la production, Dream on malgré sa longueur est une réussite, mené par un piano et par une ambiance similaire à Falling down le single AKA… What a life n’est pas déplaisant même s’il s’agit là du style de compo de Noel qu’on n’apprécie pas le plus et Soldier boys & Jesus freaks rappelle When I’m 64 (des Beatles au cas où…), cite le Village Green (des Kinks, au cas où…) et offre une ambiance à la fois relax et angoissée qui n’est diminuée que par des paroles un peu nazes où Noel tente le commentaire social, pas vraiment son fort. Sur le reste, High Flying Birds est tout simplement un disque qui ne fonctionne pas dans son ensemble et ce pour un tas de raisons. A cause d’une production qui fait par moments passer Be Here Now pour du Pavement (Record machine), d’une écriture un peu flemmarde et surtout racoleuse (AKA… Broken arrow bande son idéal pour H&M), de la voix de Noel qu’il pousse et auto tune (Stranded on the wrong beach) et habitude oblige, on se demande souvent quand Liam va enfin chanter pour donner à Everybody’s on the run l’ampleur qu’elle mérite.

Enfin il y a le cas Stop the clocks. Des années qu’on nous la vend comme le chef d’oeuvre caché de Noel Gallagher, que les fans s’échangent la démo du diamant brut et l’album semble lui accorder une place particulière (on en entend des bribes durant l’enfer sur Terre qu’est Record Machine, comme s’il s’agissait là de la chanson rêvée) et qui est au final une vaine tentative épique de plus comme Noel n’en pas réussi depuis Champagne Supernova. En 1995. Nous y revoilà. Les fans diront « oui mais la démo est bien ». Fort bien mais la version officielle, terminée, approuvée, commercialisée est celle-ci. On aime les chansons comme elles sont, pas comme elles auraient pu être disait… Noel Gallagher.

Un homme désormais libre lit-on ici et là. Noel Gallagher n’est pas libre, il est encore et toujours prisonnier de son passé. Ce disque n’est pas un disque d’émancipation (peut être le prochain prévu pour 2012 le sera-t-il ?) mais un disque de solde de tout compte. Recyclage de démos, ambition artistique similaire, production parfois démesurée, High Flying Birds est finalement comme tous les disques d’Oasis depuis des lustres : bon voire brillant à quelques occasions mais le tout reste plombé par ses moments d’auto indulgence. Qui ici prennent un peu le pas.