Huit ans, c’est à peu près le temps qu’il faut pour qu’adolescence se passe et se tasse. Mais depuis 2004 et Vive la vie, Fuzati se l’est joué façon Benjamin Button. Après avoir craché toute sa bile d’éphèbe avec l’Atelier puis le Klub des Loosers, Fuzati n’avait plus grand chose à marmonner de neuf dans ce duvet mouillé par les larmes. Le Klub des 7 est alors né pour enculer la chronologie. Retour en enfance, paf. Souvent l’aube de la vie conditionne toute la suite, et là encore ça n’a pas loupé. Manifestement, cette étape jouvence a fait mûrir Fuzati. L’album homonyme du Klub puis La classe de musique en ont montré plusieurs preuves. On pense à ses monologues Le parapluie et L’éponge, puis à ses interventions fabuleuses sur Quand je serai grand ou L’appel. On y pense d’autant plus lorsque l’on écoute La fin de l’espèce.

Le deuxième album du Klub des Loosers, si on veut aller très fort dans la généralité, c’est la qualité de L’éponge multipliée par 13.
13 titres où les instrus au raffinement old school se dégustent. A l’instar du Klub des 7, les basses sont rondes, les percus décontractées et les mélodies à base de claviers ou de cuivres flairent le grain et la chaleur. Seule différence : [url=http://www.visual-music.org/chronique-1097.htm]Marku se demandait[url] avec La classe de musique si l’homme malade du rap était guéri, la réponse est non. La tonalité aigre et mélancolique dans l’harmonie ont resurgi de Vive la vie.
C’est sur cette ambiance à peu près irréprochable (le choix de baisser le volume de la voix pour la rendre aussi importante que les autres instruments a de quoi diviser) que se pose la syntaxe d’un Fuzati grandi. Finie l’urgence de vouloir tout dire du Manège des vanités ou De l’amour à la haine, les punchlines sont sèches et concises, d’une efficacité outrancière. Il faudra plus écouter cet album que Vive la vie pour s’imprégner de ses nombreux éclats de génie. Fuzati a d’ailleurs enfin un flow. Il se dessinait chez le Klub des 7, le voilà en bonne et due forme. Quelques syllabes savamment appuyées et hachées, des respirations bien senties, c’est une classe considérable qui se dégage de la parole du désormais trentenaire. On notera toutes les gravelosités de L’animal, La fin de l’espèce et appréciera l’alter ego de l’implicite Martine sur La classe de musique, Mauvais rêve. Cet album pue le sexe et le dégoût des enfants. La reproduction, une problématique d’adulte décortiquée par Fuzati comme le fut l’adolescence rebelle au temps de Vive la vie. A cet exercice, le monsieur montre que c’est bien lui le patron, et ce malgré ses journées passées au boulot devant un écran d’entreprise. Il est l’aigreur et le cynisme. Un seul morceau de La fin de l’espèce vaudrait au Klub des Loosers une bien meilleure place qu’à côté du jeune plagiaire masqué Orelsan chez le disquaire. Et on ne dira rien quant à l’obscur estampillage de Pierre Sankowski sur la jaquette du disque, le présentant comme un croisement entre le Wu-Tang Clan et Michel Houellebecq.

En vérité on ne peut pas assimiler le Klub des Loosers à quoi que ce soit. Disons juste que cet album qu’on a tant attendu est une réussite totale. Huit ans, peut-être le bon choix temporel entre une première et une seconde galette. Il s’en est passé des choses pendant ce temps. Il y en avait des choses à dire. Il faudra sûrement attendre encore un moment pour le prochain épisode, peut-être le dernier. Fuzati ne veut pas rapper jusqu’à ses quarante ans. Ainsi son espèce finira avec lui.