Cela faisait 5 longues années qu’on a attendu une suite à l’excellent premier album de The Black Heart Rebellion, quintet flamand qui avait su à l’époque proposer un son post hardcore puissant et racé, unifiant les grondements d’Isis et les envolées de Pelican. A force, on commençait à avoir peur : c’est long, 5 ans. Entretemps, Isis a rendu les armes et le post hardcore est devenu un genre tellement systématique qu’on ne peut que soupirer à l’évocation du style. Bien sûr, on continue à aimer des groupes comme Russian Circles, mais désormais la formule est bien (trop) rodée.

Les belges semblent avoir fait le même constat que nous et ont orienté leur album tant couvé dans une autre direction. Ils ont privilégié les ambiances oppressantes aux saturations bodybuildés, préféré les voix possédées aux hurlements gutturaux. Plus post rock, dira l’amoureux des étiquettes. Sans doute marqués par leur amitié avec AmenRa, les cinq musiciens jouent désormais moins sur la virtuosité et compte sur leur inventivité en terme de percussions et leur aptitude à tordre les sons pour mieux marquer l’auditeur – On n’oubliera effectivement pas de sitôt les clochettes bizarres de Avraham, la guitare halluciné de Animalesque, le banjo terrifiant de Into the Land of Another ou les tomes tribales du dénouement de Crawling low and eating dust. D’ailleurs, si la Belgique avait une équipe de rugby digne de ce nom, elle aurait fait de Avraham son Haka. Déroutant, sombre et inoubliable.

La réussite n’est pourtant pas totale, car à force de tout miser sur l’ambiance et l’oppression sonore, on en oublie de faire des chansons. Bien sûr, les amateurs de musiques de film comme celle Valhalla Rising seront aux anges, et on sent une légère patte à la Morricone sur le bien bon Gold and Myrrh, mais cet album n’a pas été pensé pour accompagner quoique ce soit – C’est bien le problème. On se retrouve de longues plages quasi bruitistes, éthérées et dépourvue de mélodies sur un bon tiers du disque. C’est probablement voulu, mais l’impression finale sur ces titres est assez mitigée.

Malgré cela, on appréciera Har Nevo pour son ambiance très travaillée, ses bonnes idées et sa prise de risque étant donné l’écart avec le son du premier album Monologue.