Plus de deux heures de live, un répertoire à se taper le cul par terre, un groupe au sommet de sa forme, un son puissant, impeccablement mixé, que demander de plus? Eh bien, histoire de râler un peu, le dixième album studio de You Am I se fait attendre. L’absence de nouvelles chansons commence à chatouiller après avoir usé jusqu’à la corde le retour gagnant ‘Convicts‘, [url=https://www.visual-music.org/chronique-966.htm]son beau successeur[url] ‘Dilettantes‘, [url=https://www.visual-music.org/chronique-1338.htm]l’éponyme en roue libre[url] d’il y a cinq ans ou même le dernier album solo – magnifique lui aussi – de Tim Rogers. Quitte à si bien vieillir, autant regarder de l’avant et battre le fer. You Am I arrose ses 20 ans depuis 2013.

Pour l’instant uniquement disponible en téléchargement, [url=http://open.spotify.com/album/7yjaCx9cc2yvmg3zOzl61l]en stream[url] ou en vinyle (seule option: le coffret avec DVD et bonus à gogo limité à 1000 exemplaires), ‘Live Electrified‘ est une sortie assez sectaire dans la forme et inévitablement frustrante dans le fond puisque le groupe ne daigne plus voyager en Europe depuis longtemps, las d’assurer des premières parties ou de faire la tournée des chiottes sans jamais trouver son public dans nos contrées. La mèche n’a jamais voulu prendre. Chez eux, et ce n’est que justice, les australiens font partie des meubles au même titre qu’Oasis en Angleterre, forts d’une discographie replète de cartons côté 90’s (les quatre premiers albums) et pas piquée des hannetons ensuite. Frustration donc, puisque ce live comme les précédents nous laisse un peu l’impression de ne pas être conviés à la fête.

Réédités il y a deux ans et joués en entier ici, les albums ‘Hi-Fi Way‘ (1995) et ‘Hourly Daily‘ (1996) ont révélé une sensibilité mélodique kinksienne sous les riffs grunge, avec une bonne dose de l’explosivité des Who et certains traits des Replacements, dont on retrouve notamment la ferveur et le côté écorché vif. ‘Hi-Fi Way‘ est le plus culte des deux, ‘Hourly Daily‘ le plus ambitieux et sans doute le meilleur dans l’ensemble. C’est peut-être pour cette raison que le groupe commence par ce dernier, reprenant au pied de la lettre les arrangements du disque avec des musiciens additionnels pour les parties de clavier, saxophone, trompette et violoncelle. Pas de triche donc, pas de versions revues, corrigées ou dépouillées, et un souci évident de faire plaisir aux milliers de privilégiés présents dans la salle. Ce n’est pas un scoop, ‘Hourly Daily‘ est une tuerie, You Am I un bolide sur scène et ce live incandescent ne nous fera pas changer d’avis, aussi furax dans les assauts rock n’roll de ‘Flag Fall $1.80‘ et ‘Wally Raffles‘ que vibrant dans les couplets power pop de ‘Soldiers‘, ‘Tuesday‘, ‘Someone Else’s Home‘ ou ‘Moon Shines On Trubble‘. Les délicats morceaux acoustiques ne souffrent pas excessivement dans un tel contexte, Tim Rogers insufflant à l’arrache ce qu’il faut d’urgence à l’inusable chanson titre, ‘Please Don’t Ask Me To Smile, ‘Forget It Sister‘, même s’il semble déjà plus éreinté sur ‘Handwasher‘ et ‘Hi-Fi Way‘ en général. Est-il recommandable de s’envoyer les deux parties d’une traite? Plus brut de nature, l’album de 1995 gagne à être écouté séparément mais les frissons sont au rendez-vous. Et comment pourrait-il en être autrement? ‘She Digs Her‘, ‘Purple Sneakers‘, la sauvagerie ‘Jewels And Bullets‘… inutile de s’étendre davantage. Agrémenté de raretés et de tubes du premier album ‘Sound As Ever‘ en guise de final, ‘Live Electrified‘ s’éternise un chouïa mais ne déçoit qu’en une occasion: la reprise de ‘Young Man’s Blues‘ fait un peu tâche comparée à celle du mythique ‘Live At Leeds‘ de The Who. Pour le reste, rien ou peu à redire. À peine un tiers de la disco du groupe est représentée, mais il n’en faut pas plus à You Am I pour impressionner.