I Wasn’t Born To Lose You: le premier disque de Swervedriver en 17 ans a tout d’abord un joli titre optimiste et déterminé mais quelque peu vulnérable. Et pour cause. Malchanceux malgré un départ canon en 1991 séparés avant même le millénaire moins révolutionnaires que My Bloody Valentine moins branchés que Ride moins chics que Slowdive ces vilains petits canards du shoegaze – plus rugueux et ‘grunge’ que leurs comparses – auraient pu tomber dans l’oubli. Il s’en est fallu de peu ou pour être exact tout a tenu à un single bien aimé (‘Duel‘) deux albums bétons vaguement influents (les deux premiers: ‘Raise‘ et ‘Mezcal Head‘) et quelques [url=http://blogs.visual-music.org/kromagnon/billet-3406-Swervedriver-.htm]rétrospectives[url] pointues ayant permis aux oxfordiens de se forger une petite légende posthume de continuer à séduire de nouvelles générations pendant leur absence et de réapparaître dignement. Bref encore un groupe méconnu des années 90 dont le best of fait un peu halluciner (‘Juggernaut Rides ’89-’98‘ si vous le trouvez) et qui chose plus rare se paie le luxe de revenir avec un superbe album.

Les arpèges lumineux sont là les mélodies planantes et les envolées épiques abondent et si les interactions riff-batterie sont moins chargées de testostérone que jadis les anglais ont en revanche les idées plus claires que jamais et gagnent en finesse sans sacrifier leur style bourriner ou faire fausse route à aucun moment. À tel point qu’on ne voit pas trop ce qu’on pourrait leur reprocher ce coup-ci. Contrairement à ‘Ejector Seat Reservation‘ et au décrié ‘99th Dream‘ ‘I Wasn’t Born To Lose You‘ évite les longueurs comme les maladresses et les écoutes répétées jouent très largement en faveur du disque. Sa seconde moitié est peut-être très légèrement en deçà à partir de la tortueuse ‘Red Queen Arms Race‘ qui dévoile une fois de plus l’amour d’Adam Franklin pour les Stooges. Mais c’est justement ce côté terrien limite crade qui donne une saveur particulière au shoegaze de Swervedriver depuis les tout débuts cette passion pour le cambouis les oxydes d’azote et les autoroutes (‘gas stations as churches‘ clame Franklin d’entrée) ces guitares bravaches d’une autre ère ces airs de famille avec Dinosaur Jr. qui rendent le terme ‘shoegaze’ un tantinet inadéquat par moments. On est souvent plus proches de ‘Out There‘ que de ‘Only Shallow‘ de Sub Pop que de Creation de Hüsker Dü que des Cocteau Twins avec cependant une certaine classe british et un goût prononcé pour le couplet aérien. La doucement euphorique ‘Autodidact‘ est une excellente entrée en matière le final de ‘For A Day Like Tomorrow‘ beau comme un soleil couchant sans parler de la gracieuse voire sublime montée en faux plat ‘Everso‘ point culminant de l’album. Les vétérans signent un fort bon disque à la cool l’un de leurs meilleurs et sans aucun doute l’un des plus réussis de ce début d’année.