Drôle de groupe, My Morning Jacket. Inlassablement dérivatif et pourtant unique, classiciste mais excentrique, à la fois populaire et méconnu. Un presque-grand groupe qui a de toute évidence loupé une marche en 2008 après une passionnante progression entre folk, classic rock, shoegaze et prog. Il y a 7 ans jour pour jour sortait l’attendu ‘Evil Urges‘, gros disque ambitieux et bodybuildé clairement élaboré dans l’espoir de donner un coup d’accélérateur définitif à l’irrésistible ascension des américains. Échec. Ce cinquième album fut généralement qualifié de déception après les révérés ‘It Still Moves‘ et ‘Z‘ et fait aujourd’hui encore figure de lanterne rouge dans tous les classements. ‘Evil Urges‘ le mal aimé, le mal compris, le trop ceci et pas assez cela, celui dont on préfère dire qu’il est incohérent plutôt qu’audacieux, celui dont on a soigneusement ignoré les tubes potentiels (‘Thank You Too!‘, ‘I’m Amazed‘, ‘Smokin From Shootin‘) faute d’y trouver une dimension indie-intello accréditant telle ou telle étiquette bobo. Comme Wilco à partir de ‘Sky Blue Sky‘, My Morning Jacket a perdu toute chance d’être cool avec cette odieuse tentative de mûrir. Et depuis? Un ‘Circuital‘ plus uniforme n’ayant pas fait l’unanimité pour autant, suivi d’un album solo bien mais pas top de Jim James. Des chansons miraculeuses à chaque fois, oui mais.

The Waterfall‘ n’a donc pas débarqué dans un climat de confiance aveugle envers le groupe, son improbable leader toujours prompt à déclarer qu’il aime faire sonner chaque nouveau disque ‘comme s’il avait un défaut de fabrique‘ et promettant solennellement des réflexions sur le sens de la vie, ses aléas, ses changements radicaux. L’impression initiale est assez confondante, My Morning Jacket revisitant à priori l’ensemble de ses influences sur un seul et même disque sans ligne conductrice évidente ni coup d’éclat instantané mis à part le délicieux refrain de ‘Big Decisions‘. Et c’est finalement ce qui en fait l’un des meilleurs disques du groupe, un disque qui se révèle peu à peu, inhabituellement mesuré, équilibré, mais intrinsèquement généreux. Goûtu et aqueux comme les feuilles d’un artichaut que l’on pèle patiemment avant d’en trouver le coeur: la poignante ‘Get The Point‘, chanson folk de l’année, donne tout son sens à ‘The Waterfall‘ parmi des compos à tiroirs épiques et ensorcelantes (‘In Its Infancy‘, ‘Spring (Among The Living)‘), des mélodies chatoyantes (les 2 dernières minutes de ‘Like a River‘ donnent envie d’aller patauger à poil sous une cascade d’eau) et des incursions soul (quel autre chanteur blanc maitrise aujourd’hui ce registre aussi bien que Jim James?). Un album profondément optimiste, exaltant, qui à l’instar du premier titre ‘Believe (Nobody Knows)‘ pulvérise tout fatalisme quelque soit le thème abordé (mort, séparation etc..) et vient renforcer en beauté l’une des discographies les plus singulières de ces 15 dernières années. La suite ne se fera pas attendre (un second disque orienté dance-soul est annoncé pour 2016) mais pour l’heure, on est plus que jamais de la jacket.