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Up The Bracket‘ en 2002, ‘The Libertines‘ deux ans plus tard. Ajoutons les singles ‘What a Waster‘ et ‘Don’t Look Back Into The Sun‘, quelques faces b, et c’était tout jusqu’à présent. Pas grand-chose, mais que des bons souvenirs. Un petit conte rock n’roll comme on les aime, avec tous les bons ingrédients, chaotique, éphémère, influent. Deux albums qui tiennent la dragée haute à quasiment tout ce qui s’est fait dans le même registre de ce côté du millénaire, aimés d’amour ou détestés par principe, indélébiles quoi qu’il en soit. Mais il s’en est passé des choses depuis. Plus personne n’est en manque de petits branleurs retors jouant vite et sale, on en a croisé des pelletées. Carl Barat et Peter Doherty ont fait du bon et du moins bon chacun de leur côté, jamais mieux ni même aussi bien, en perte de vitesse manifeste. Pendant ce temps-là les Arctic Monkeys ont professionnalisé la profession, réduit les risques, élargi le marché, peigné leur banane. C’est dans un contexte entièrement différent que l’on retrouve les anciens numéros 1 du cool à l’anglaise, jadis dopés au scandale et sans rivaux, larguant tous leurs suiveurs en danseuse comme Lance Armstrong sur les routes du Tour de France 2004. La même année, Arsenal remportait la Premier League sans perdre un seul match. Impensable aujourd’hui. Tout ça pour dire que onze ans, c’est beaucoup, surtout pour un groupe ayant été synonyme de fougue et de renouveau. Plus d’un fan est resté pensif à l’annonce d’un nouvel album.

Et il est curieux cet album, le trio ‘Barbarians‘ – ‘Gunga Din‘ – ‘Fame And Fortune‘ ouvrant les débats avec une production fardée, des chansons qui cherchent avec insistance la morale de l’histoire, pas franchement miraculeuses il faut le dire, et du cabotinage par semi-remorques. Oui ce sont bien les Libertines pas de doute mais forcément, on pense au Comte de Rochester. Les libertins vieillissent vite et mal, quand ils ne chopent pas tout bêtement la vérole, tout juste bons à ruminer leur décadence, et c’est un peu ce qu’il se passe ici. Doherty se demande s’il n’a pas carrément abusé, Barat en fait des tonnes dans le rôle du pote revenu de tout mais réconfortant quand même, parce qu’il faut bien aller de l’avant mec, hein, allez. Le duo prend la pose, dresse une liste de morts à lamenter, de choses importantes à dire et de petits comptes à régler. Dans la salle des machines, l’ambiance est tout aussi studieuse: la section rythmique assure, fidèle à elle-même, le producteur à succès Jake Gosling justifie son cachet en maquillant consciencieusement les compos, au cas par cas. À la truelle sur le refrain de ‘Gunga Din‘, parce qu’il envoie bien, parce que c’est le single. Partout ailleurs, c’est du boulot plutôt classe mais difficile de ne pas avoir une pensée ou deux pour Mick Jones qui, lui, n’avait qu’à appuyer sur «Enregistrer» sans s’occuper du reste. Pas de ‘Vertigo‘ ou de ‘Last Post On The Bugle‘, donc, pas de démarrage en trombe, pas d’urgence, nous étions prévenus certes mais cette entame mi-figue mi-raisin ne respire pas non plus la maturité promise. Au lieu de ça, c’est un album étonnamment soumis, sérieux, apprêté et carburant au diesel qui commence à prendre forme avec la ballade ‘Anthem For Doomed Youth‘, avant de gagner pas mal de souffle dans sa seconde moitié – on y trouve les meilleurs titres – sauvé au final par le désir des anglais de revenir sincères et soudés, comme un vrai groupe qui a vraiment envie à défaut d’avoir les meilleures chansons du monde. Pas toujours évident de recoller les morceaux, cependant. Des relents de Babyshambles déteignent sur ‘Heart Of The Matter‘, ‘Glasgow Coma Scale Blues‘ pousse la fanfaronnade à l’extrême («hé, c’est nous qu’on est les Libertines») même si rien n’est véritablement hors-jeu ou médiocre. Comme Le Parrain 3, c’est moins bon mais pertinent, assez poignant par endroits. Les quelques moments bien sentis, dont ‘Iceman‘ et ‘The Milkman’s Horse‘, parviennent à donner une certaine dignité à ce retour. Mais aucun risque d’attraper une vilaine chaude pisse avec ces Libertines-là. Si l’on peut approcher ce nouveau disque sans crainte, il n’est pas dit qu’un quatrième album soit absolument nécessaire. Repenti, presque paisible, ‘Anthems For Doomed Youth‘ pourrait très bien servir d’épitaphe.