Le rock revival a fait beaucoup de bruit depuis 2 ans. Alors que The White Stripes, The Vines, The Libertines et autres ‘groupes en The’ cartonnent un peu partout, il était étonnant qu’aucun artiste estampillé ‘Roadrunner’ ne tente sa chance dans cette catégorie bien juteuse. Et bien c’est chose faite avec les Dirty Americans, un petit combo venant de Detroit (tiens, tiens, comme Jack White…) et dont la création remonte à janvier 2001. Ces 4 Américains, parmi lesquels on compte 3 anciens membres des Workhouse Movement, nous proposent avec ce ‘Strange Generation‘, sorti le 16 mars 2004, un album de rock qui a pour ambition de placer définitivement Detroit sur la carte du rock mondial. Un pari un peu présomptueux, mais pas forcément impossible à réaliser…

Déjà, dès qu’on jette un coup d’oeil au CD, on ne peut pas se tromper : l’artwork ‘peace and love’ multicolore nous indique clairement qu’on n’est pas là pour écouter du thrash métal… Il s’agit bel et bien d’un disque de rock, dans la plus pure tradition des années 70. Et lorsque l’on met le disque dans la platine, plus aucun doute n’est permis : une teinte old school parfume ce CD de bon vieux rock. Ainsi, on remarque d’entrée que Jeremiah le batteur s’évertue régulièrement à taper aussi fort qu’un John Bonham, alors que la tonalité de Myron rappelle parfois le Ozzy Osbourne de la grande époque (‘Strange Generation‘). Plutôt pas mal comme première impression, non ?

Par la suite, l’album part dans tous les sens, et ne se limite pas aux seuls clichés du revival rock : outre Led Zeppelin et autres Bob Seger, on retrouve des influences de Eels (‘Give It Up‘), des Queens of the Stone Age (l’excellente ‘Way to Go‘), et bien sûr d’AC/DC (essentiellement pour la sonorité des guitares, comme sur ‘Light Headed‘). Parmi les moments forts du CD, on retiendra la sublime ‘Dead Man‘, un titre épique à la croisée de Jane’s Addiction et du grand Led Zeppelin : le morceau prend une ampleur phénoménale au bout de 2 minutes, grâce à un long solo tournant au ralenti. Plusieurs titres mélodiques parsèment également ce ‘Strange Generation‘. ‘Deep End‘, avec sa guitare acoustique très groovy et sa voix enjouée, est une chanson qui donne le sourire au même titre que les derniers albums de Sugar Ray. ‘We Were Young‘ fait également forte impression, et elle clôt magnifiquement cet album dans un style TRES inspiré du Eric Clapton des années 90…

Si les rythmiques binaires de ‘No Rest‘, ‘Burn You Down‘ et ‘Time in Space‘ sont particulièrement catchy, les soli ne sont pas en reste. Possédant pour la plupart un son très vintage (‘No Rest‘), dans la plus pure tradition des groupes de rock des années 70, ils démontrent toute la technicité de Jeff Piper, tant ce dernier excelle dans des styles tous plus variés les uns que les autres. On retrouve ainsi des effets rappelant le meilleur de George Harrison (sur la très réussie ‘Light-Headed‘), ou encore des envolées flirtant avec le funk (‘Control‘).

La production est quant à elle sobre mais efficace : Paul Ebersold (3 Doors Down, Sister Hazel) a su donner à ces ‘sales Américains’ un son de guitare brut au possible, un peu comme sur ‘Let There Be Rock‘ (écoutez la fin de ‘Give It Up‘)… Comme quoi, dès qu’il s’agit de rock, les effets superficiels n’ont pas leur place : pour rester authentique, rien ne vaut un bon ampli Marshall sans aucune retouche !

Mais globalement, si cet album semble très varié, il souffre de son manque d’unité. Les morceaux s’enchaînent difficilement tant ils évoluent dans des registres différents. Malgré ce manque de linéarité, on saluera quand même la performance des Dirty Americans pour cet album très encourageant. Plus éclectique que The White Stripes, ce groupe dont l’horloge interne s’est arrêtée en 1975 mérite toute votre attention, pour peu que le rock brut et authentique ne vous rebute pas.