Pour certains, Chris Barnes est un génie, pour beaucoup d’autres ce n’est qu’un clown. Mais ce qui est certain, c’est que la première fois que le leader des Six Feet Under nous a parlé de son projet pour ‘Graveyard Classics 2‘, ça a fait doucement sourire. Puis les mois ont passé, l’enregistrement s’est déroulé dans la plus grande discretion et voilà que le fameux album qui alimente tant la polémique est sorti. Donc pour les rares qui ne le sauraient pas encore, ‘Graveyard Classics 2‘ n’est ni plus ni moins que la reprise totale, sauce Chris Barnes, du mythique ‘Back In Black‘ d’AC/DC. C’était un pari risqué, très risqué et le constat au jour d’aujourd’hui est que la communauté des fans est divisée : un côté accuse de plagiat pendant que l’autre apprécie l’album comme un vrai hommage plus qu’autre chose.

Ce qu’il faut dire en tout cas, c’est qu’il lui a fallu des couilles, au Chris, pour nous pondre un ovni comme celui-ci. Il lui aurait été bien plus facile de reprendre la formule du volume 1, un best-of de reprises des classiques du heavy des années 80, pour faire l’unanimité comme l’avait (à peu près) fait son prédécesseur. Mais non, l’illuminé s’est borné à vouloir revisiter les 10 titres à la note près. Oui car il est important de savoir que côté instrumental, les deux albums sont strictement identiques, ou presque, et que chaque note a été rigoureusement respectée. Il est donc plus facile de comprendre d’où vient la polémique : si on avait eu droit à quelques envolées de doubles pédales par-ci par-là et des guitares revues version death, peut-être que la pilule serait mieux passée, mais le groupe n’a ici fait strictement aucun travail de composition. De plus, ceux qui connaissent Chris Barnes savent à quel de genre de massacre s’attendre vocalement, et pour les ignorants, on peut juste dire qu’il est celui qui fut à l’origine de l’écriture et du chant des premiers albums de Cannibal Corpse, détenteurs du record du plus grand nombre de pays où leur vente, détention, ou performance sur scène est illégale. Le fossé entre les deux styles est donc énorme, voyons alors comment s’y est pris Chris pour le combler au mieux.

Ayant déjà eu un avant goût de ce qu’AC/DC version Six Feet Under pouvait donner avec ‘TNT‘ sur ‘Graveyard Classics 1‘, c’est sans trop de surprise qu’on accueille cette voix chaleureusement gutturale après la magnifique intro de ‘Hell’s Bells‘. Mais c’est justement ça qui gêne : on ne peut s’empêcher de trouver la musique toujours aussi magnifique tout en sachant que ce n’est pas l’album original qu’on écoute. Il est néanmoins indéniable que la voix de Chris sonne très bien sur le refrain de ce titre d’ouverture, ce qui n’est malheureusement pas le cas tout le temps. Il suffit d’écouter la reprise du légendaire ‘Back In Black‘ pour que l’oeuvre d’art devienne soudain moins qu’une piètre parodie : si Chris Barnes a toujours revendiqué le fait de ne mettre aucun effet dans sa voix, et que la volonté de préserver ce côté roots est tout à son honneur, lorsqu’il essaie de tenir la note et que sa voix défaille telle celle un ado pré-pubaire, on se dit que la comparaison avec Brian Johnson n’a pas lieu de se faire.

Bon, si côté voix, c’est une affaire de goûts et que pour les fans du Six Feet Under ‘classique’ il y a de quoi être aux anges, côté instrumental, même si le groupe prétend n’avoir altéré en aucune manière les compositions d’origine, ils auraient aussi dû ne pas altérer le groove qu’AC/DC avait réussi à insuffler à ces riffs simplissimes mais si accrocheurs et à la batterie si basique mais si entraînante. Et c’est vraiment cette pêche qui manque sur la plupart des titres et pour le coup, l’album porte très bien son nom : à l’écoute de ‘Rock And Roll Ain’t Noise Pollution‘ on se demande vraiment si ce ne sont pas des zombies qui s’activent de toute leur lenteur derrière les instruments tant ce vrai hymne au rock, cette ode à la rébellion a été rendu lourd et ennuyeux. On pourrait dire exactement la même chose de ‘Let Me Put My Love Into You‘ dont le côté parodique du chant sur le refrain ne peut faire que rire et dont les riffs sont vraiment exécutés avec le minimum d’ardeur et de tranchant possible.

Graveyard Classics 2‘ est donc ce genre d’albums dont on ne sait pas trop quoi penser et dont le jugement dépend plus d’une sorte de morale, d’éthique musicale que de goûts à proprement parler. Avant tout, que les fans d’AC/DC ne se précipitent pas sur cet album car ils risquent la crise cardiaque lorsqu’ils se rendront compte de ce que des death métalleux peuvent faire à un monument du rock comme celui-ci. Pour les fans de Six Feet Under, cet album est évidemment le genre d’albums qui marquent la carrière d’un groupe et qui en font parler et il est, ne serait-ce que dans un esprit de collection, presque indispensable. Après, pour se faire une idée de ce qu’est capable ce combo, on lui préfèrera sans aucune contestation ses prédécesseurs, tel que l’excellent ‘Bringer Of Blood‘, dernier opus en date, ou leur classique ‘Haunted‘, qui peine toujours à trouver son égal. Dommage, donc, car on ne doute pas que l’idée partait d’une bonne intention, même si certains adeptes d’un death décalé et grinçant apprécieront sûrement beaucoup l’effort en se forçant un peu.