Avec un CV tel que celui de Saul Williams, on a peu de chances de ne pas avoir d’amis bien placés. Et pour preuve, Saul a tout de l’artiste accompli, celui qui a touché à un peu de tout avec succès : grand nom de la scène de spoken word, acteur et auteur du film ‘Slam‘, auteur de nombreux recueils de poésie et forcément, musicien, auteur compositeurs de symphonies, interprète etc… Résultat : après avoir fait la rencontre de Rick Rubin qui aura produit ‘Amethyst Rockstar‘ en 2001, il croise le chemin de Serj Tankian, Zach De La Rocha qui errait à la recherche d’un projet stable (sans succès) et même de Isaiah ‘Ikey’ Owaens de The Mars Volta. C’est ainsi avec ces trois derniers que Saul Williams s’en va enregistrer son nouvel album éponyme qui a déjà des allures de gros pamphlet engagé…

Forcément, le disque gagne en richesse, entre les compo piano signées Serj Tankian (qui s’est aussi occupé de la production de l’album en y ajoutant la même touche qu’il avait appliqué lors de l’écriture de son projet ‘Serart‘), l’énergie punk qui monte progressivement (‘Surrender (A Second To Think)‘), les moments frénétiques de ‘List Of Demandes‘ qui à l’instar de son clip vidéo en feront dancer plus d’un, les mélanges electro tribal minimalistes (‘African Student Movement‘), les passages de rage condensés… Saul Williams déroute certainement tellement il touche à tout. Aucune frontière ne se pose, du rock au hip-hop, de l’electro aux beats aseptisés; tout est fusionnel. Le new-yorkais se veut explorateur de la Musique, avec un grand M. Mais on se raccroche avant tout à son flow logiquement mis en avant : on a envie de l’écouter, de comprendre ce qu’il se passe. On comprend alors rapidement qu’il se soit entouré de deux membres éminents de cette scène qu’on a qualifiée de ‘revendicative‘. Le slammeur a énormément de choses à dire, de causes à défendre. Pour mieux se faire entendre, c’est Zach de La Rocha qui se fait réquisitionner et malgré l’impression qu’il ait été une victime d’une opération visant à trafiquer ses cordes vocales, l’ex-leader des Rage Against The Machine n’a rien perdu de sa verve. On sent les poings serrés, les yeux rougis par la rage, l’essoufflement qui arrive. Mais Saul reprend un peu d’air avec ‘Black Stacey‘ en nous comptant sa vie en faisant preuve d’une ironie bien placée avec cette fois-ci au piano, Isaiah Owaens.

C’est certain, l’écoute complète de ‘Saul Williams‘ n’est pas aisée, l’enchaînement des morceaux ne laissant aucun répit. Mais l’univers de Saul étant tellement complexe et fascinant qu’on se laisser volontiers entraîner dans ces ambiances prenantes tant l’objet est addictif.