Vous vous souvenez de la déception qu’on a tous ressentie lors de la sortie de ‘Shadow Zone‘ fin 2003 ? Static-X, à force de trop traîner avec Linkin Park, avait tenté de faire un album mêlant indus et mélodies. Le mélange était pour le moins bâtard, hormis quelques rythmiques surpuissantes, on s’ennuyait ferme. Pour un groupe qu’on considérait alors comme l’un des plus prometteurs de sa génération, il était désormais permis de se demander s’il allait ou non regagner en crédibilité avec le cap fatidique du quatrième album. Comme si ça ne suffisait, pas, en plein enregistrement de ce dernier, le guitariste Tripp Eisen a fait ses valises pour aller dormir en prison, la faute à un comportement sexuel qu’on qualifiera de déviant… Koichi Fukuda a donc fait son grand retour à la guitare et à la programmation, une nouvelle qui ravissait immédiatement les fans des 2 premiers albums. Alors, ce ‘Start a War ‘ est-il le troisième album que Static-X aurait du sortir en 2003, ou est-ce la suite logique du mauvais ‘Shadow Zone‘ ?

Dès les premières secondes de ‘The Enemy‘, on sent que le groupe s’est ressaisi : Wayne Static ne chante plus, il susurre et hurle comme à la grande époque de ‘Wisconsin Death Trip‘. Le rythme est rapide, les guitares saccadées sont lourdes et précises, bref, on semble retrouver le Static-X que l’on aime. Les 5 premiers morceaux s’enchaînent donc, et pas une fois il ne nous vient à l’esprit d’appuyer sur Next : ‘I’m The One‘ fait ainsi péter les enceintes, avec sa rythmique héritée de ‘Push It‘ et ‘Dig‘ (Mudvayne), tandis que ‘Pieces‘ impressionne avec sa production absolument dantesque et son solo slayerien.

Cependant, Static-X ne s’est pas contenté de faire un ‘Machine‘ bis, et on s’en rend compte lors du deuxième tiers de l’album. Déjà, on trouve deux belles daubes, en l’occurrence ‘Skinnyman‘ et ‘I Want To Fucking Break It‘ : ces deux titres n’ont absolument rien pour eux, aucun riff qui fait mouche et aucun refrain qui vous reste dans la tête. ‘Just In Case‘ est également un morceau déroutant, avec sa structure inhabituellement longue et torturée pour du Static-X : après deux minutes étonnamment calmes, le morceau s’emballe pour devenir à la fois puissant et planant (merci les samples de Koichi). Pas évident de s’y faire lors des premières écoutes, mais après, c’est que du bonheur… ‘Set It Off‘ est quant à lui un morceau qui n’a RIEN à voir avec le style habituel du groupe : c’est bien simple, aussi bien au niveau du groove des guitares que du chant, on croirait entendre une compo de KoRn période ‘Take A look In the Mirror‘… Wayne aurait-il cherché à retrouver la magie de la B.O. de Queen of The Damned ? Toujours à propos de KoRn, vous serez étonnés d’entendre exactement le même son de guitare que celui de Munky sur l’excellente rythmique de ‘Night Terrors‘ (incroyable ce que ça ressemble à ‘Right Now‘).

Après ces 4 morceaux pour le moins insolites, la fin de l’album nous rassure sur l’état de forme de Static-X : autant le dire simplement, les 4 derniers titres sont tous de grosses tueries. Je vous ai déjà parlé de ‘Night Terrors‘, qui en plus de sa guitare possède un refrain incroyablement catchy, mais ce n’est rien à côté de ‘Otsego Amigo‘ : si les dernières Otsego-songs étaient plutôt décevantes, celle-ci fait carrément partie des meilleurs morceaux jamais écrits par le groupe. Après une intro à la batterie redoutable (quel kick !), c’est un Wayne extrêmement grave qui nous fait redécouvrir les joies de l’indus, avec notamment un refrain hurlé à une vitesse surhumaine… ‘My Damnation‘, l’avant-dernier morceau de l’album, parvient à réussir là ou ‘Shadow Zone‘ s’était misérablement planté : la guitare, directement inspirée de ‘I’m With Stupid‘ (!!!), se marie à merveille avec le chant mélodique entrevu sur le troisième album. Ce morceau a tout d’un futur classique, et il serait logique qu’il soit choisi en tant que second single. ‘Start a War‘ s’achève par un instrumental, et quel instrumental mes amis : ce titre rapide axé sur les percussions nous ferait presque aimer la techno, et son style trippant et épuré me fait dire qu’il aurait pu aisément figurer sur l’excellentissime bande originale de Wip3out sur Playstation…

Voilà, les 48 minutes sont passées, et on a méchamment pris son pied. Tout n’est pas excellent, il faut être honnête, mais l’album commence et finit de superbe manière, avec un groupe agressif à souhait et des compos comme on les aime. Le chant de Wayne Static est peut-être moins agressif que par le passé, mais on ne tombe jamais dans la mièvrerie du troisième album. Qui plus est, la production massive d’Ulrich Wild redonne au groupe la puissance de feu qui lui faisait défaut depuis 2001 et la sortie de ‘Machine‘. ‘Start a War‘ est donc un très bon album, pas tout à fait aussi génial que les deux premiers, mais si vous aimez le Static-X qui tache, il vous faut ce disque. En tout cas, bon courage si vous décidez de l’acquérir, car il est très mal distribué dans notre cher pays…