Ça faisait longtemps qu’on nous l’avait annoncé, ça faisait longtemps qu’on l’attendait et il est enfin là cet album en l’honneur du 25ème anniversaire de Roadrunner Records, ‘Roadrunner United‘. Alors rapellons brièvement le concept : Roadrunner a réunis une grande partie des meilleurs musiciens et chanteurs des quelques grands groupes classiques du Métal avec un grand ‘M’ que ce prestigieux label compte parmis ses rangs. Puis, pour rendre le tout un peu plus intéressant et éviter de faire juste un best-of, on leur a demandé de composer des titres tout beaux tout neufs rien que pour l’occasion. Mais le plus intéressant dans tout ça reste néanmoins le fait que les compositions ont été l’occasion de faire travailler ensemble des artistes d’univers musicaux totalement différents. Voyons donc si l’alchimie a bien fonctionné.

C’est ‘Dagger‘ qui est chargé de nous mettre dans l’ambiance, titre sur lequel on trouvera Howard Jones de chez Killswitch Engage au chant et Robert Flynn de Machine Head à la guitare rythmique pour ne citer qu’eux. Bon, il faut bien l’avouer, le résultat n’est pas une énorme surprise, on se retrouve face à une espèce de blaster pur métal, efficace certes mais pas forcément très original. On reconnaît tout de même la patte de Flynn qui a composé la musique avec cette alternance de gros mid-tempos (l’outro) et de riffs plus mélodiques. Heureusement, si ce titre n’a rien de très marquant, c’est uniquement parce que ce n’est qu’une mise en bouche.

J’aurais bien envie de passer chaque titre à la loupe tant toutes ces combinaisons de musiciens aguéris sont interessants mais il y en aurait pour bien trop longtemps alors attardons-nous plutôt sur le meilleur. Et au chapitre du très bon, il y a en première ligne l’excellent ‘Annihilation By The Hands Of God‘, réunissant Glen Benton de Deicide au chant, Matt DeVries de Chimaira et Robb Barett de Cannibal Corpse à la guitare, le fameux Jordisson à la batterie et Steve DiGiorgio à la basse (oui, là, quand même, il fallait tous les citer…). Et on sent tout de suite que Barett s’est amusé à la composition, plaçant par-ci par-là de gros riffs death bourrins au possible histoire de faire jongler un peu l’ami DeVries. DiGiorgio, égal à lui-même, glisse, se balade sur son manche, laisse ronronner sa fretless telle une grosse cylindrée du début à la fin alors que Jordisson se lache et se permet même quelques syncopes effrénées. Benton quand à lui se surpasse avec une voix plus épurée que jamais et pour une fois qu’on l’entend sans tous ses effets, il en a du coffre

Alors bien évidemment, c’est avec grand intérêt qu’on se penche sur le seul titre nous proposant une performance de Max Cavalera au chant, ‘Independent (Voice Of The Voiceless)‘. Et on a envie de dire un grand merci à Flynn d’avoir composé à ce grand thrasher quelque chose qui fasse vraiment honneur à son style de prédilection. Ça envoie sévère du début à la fin dans la plus pure tradition Sepulturesque. On pourrait juste repprocher à Herrick (ex-Chimaira) à la batterie son jeu toujours aussi mécanique comparé à l’atmosphère si ‘organique’ que dégage le brézilien enragé, mais ça reste un détail. Du côté des ‘superstars’ très attendues on trouve également un titre avec Corey Taylor de Slipknot au chant, sorte de ‘ballade’ gueulée militante contre la guerre en Irak (il en fallait bien une…) plutôt molassonne.

En effet, globalement, ce sont vraiment ceux qu’on attendait le moins qui surprennent le plus. Pour ce qui est du côté plus mélodique, on appréciera le remarquable duo entre Akerfeldt (Opeth) pour la voix et Josh Silver (Type O Negative) pour les claviers sur la courte mais néanmoins très belle ballade ‘Roads‘. Toujours aussi mélodique mais beaucoup plus obscur, la collaboration innatendue de l’énorme Peter Steele au chant et de Jordisson (qui décidément en a fait beaucoup sur cet album) à la batterie sur le titre de clôture, ‘Enemy Of The State‘. Sur une rythmique doom des plus lourdes qui permet au batteur de Slipknot de montrer qu’il sait faire autre chose que blaster comme un taré, le collossal Steele s’exprime de sa voix vampirique d’outre-tombe avec un accent suave et menaçant le temps de deux petits couplets et de deux tout aussi courts refrains mais dont les arrangement exemplaires suffisent à donner l’impression que cette voix à l’ampleur impressionante vient directement du ciel.

Ce ‘Roadrunner United‘ est donc au final une bien bonne surprise. Bien sûr l’intérêt est grandement accru par le côté prestigieux de certains line-ups mais les compositions sont déjà en elle-mêmes intéressantes si ce n’est même parfois très bonnes. Tous les goûts s’y retrouvent car même si le néo, le métal et la nouvelle vague metalcore dominent, le death se fait une petite place et on trouve même un petit coin émo avec Daryl Palumbo sur ‘No Way Out‘ ou encore glam punk avec Michale Grave (ex-Misfits) sur ‘I Don’t Wanna Be A Superhero‘. Et puis l’idée de réunir plusieurs générations de musiciens ne peut après tout produire que quelque chose de positif et d’original.