Enfin! Après tant de mois de doutes, de racolages divers, de fausses infos en tous genres, de démos de piètre qualité laissant dans la consternation, nous voilà en possession du premier effort d’Audioslave, formé, rappelons-le, par les musicos de Rage Against The Machine Tom Morello, Tim Commerford et Brad Wilk, ainsi que par l’ex-chanteur de Soundgarden Chris Cornell. Alors, vu l’importante carrière qui inspire le respect de ces messieurs, comment considérer objectivement ce premier effort en tant que ‘nouveau’ groupe, et tenter de tirer un trait sur le passé de ses protagonistes ?

Toutes les possibilités étaient envisageables avant même d’avoir entendu une seule note de ce combo : allait-il s’agir d’un honteux plagiat de RATM, histoire de garder nos fans ? Ou allions-nous hériter d’un ersatz mauvais goût de l’ex-formation de Cornell? Allez, verdict, je ne vous ferais pas plus attendre: Audioslave est un des, sinon le meilleur album de cette année 2002. Oubliez les cocktails molotov du groupe de Zach De La Rocha et ses hurlements revendicatifs, et entrez dans le monde plus personnel des textes de Chris, oubliez les riffs bourrins du sieur Morello et l’effacement forcé des deux autres membres, et savourez l’incroyable osmose musicale proposée par ce skeud. Oui, ce fameux groupe qui fit tant jaser à son sujet nous pond ici une pure bombe digne, un monument de rock et d’émotion couplés avec un talent immense. Mais pourquoi ce petit chroniqueur révèle-t-il ainsi son admiration sans borne pour cet album, qui ne doit être après tout qu’un mélange malhabile de Rage Against The Machine et de Soundgarden, me demanderez-vous ? Erreur fatale comme dirait Windows 2000 à ses nombreuses heures perdues, Audioslave est bien plus que ça, et nous le prouve avec des morceaux de toute beauté. Tout d’abord le fameux ‘Cochise’, avec son intro tribale avant une explosion musicale unique, un riff qui peut peut-être rappeler Rage mais qui gagne en maturité. ‘Show Me How To Live‘ suit et montre un Cornell au meilleur de ses performances vocales, servit par des musicos qui savent ce qu’ils ont à faire. ‘Gasoline‘ et ‘What You Are‘ foncent dans le tas, titres imparables taillés pour la scène, qui mettent à genoux l’auditeur sans aucune autre forme de procès, tant la puissance musicale et émotionnelle assomme. Même les solos de Morello, qui auparavant se résumaient à un bref tripatouillage de wah-wah ou à un scratch approximatif sur les cordes avec le médiator pendant la grande époque Rage Against The Machine, ont connu une évolution exceptionnelle, comme nous le prouve ‘Like A Stone‘, track moins énervée mais qui ne perd rien en tripes. Tim et Brad continuent de tout péter et paraîssent plus mis en avant qu’ils ne l’avaient été il y a quelques années de cela, et complètent à merveille l’âme du nouveau-né Audioslave. Titres plus calmes, comme ‘Shadow On The Sun‘, ou encore ‘I Am The Highway‘, et agitées, comme ‘Exploder‘ ou ‘Bring Em Back Alive‘ se succèdent dans la plus grande harmonie, les chansons se suivent et ne se ressemblent jamais. Et que l’on aime cette touche plus… humaine apportée par les textes de Cornell et une mutation évidente du style des musicos! Comment ne pas prendre son pied et tenter d’imiter Chris en beuglant ‘Won’t You Light My WWWWWWWAAAAAAAAAAAAAAAAY?‘. L’album le plus abouti de ces derniers temps se clot sur l’apaisement, avec ‘Getaway Car‘ et ‘The Last Remaining Light‘.

Non, Audioslave n’a définitivement rien à voir avec les deux formations précédentes concernées. Audioslave a trouvé son âme, son style, son message. Alors amis de Rage Against The Machine, précipitez-vous tout de même sur cette merveille musicale, et amis de Soundgarden, ben essayez aussi… Mais attendez-vous à une énorme claque dans la gueule tant la différence est grande. Pas de résurréction, juste une renaissance. Et c’est ça qui fait la nuance d’Audioslave. Un must.