Je suis issu d’une famille musicale en or composée de Soundgarden et d’Audioslave, je fais mes débuts de chanteur solo en 1999 avec l’album ‘Euphoria Morning‘, je participe plus récemment à la bande son du dernier James Bond dont le morceau se retrouve sur mon second album solo et bien que celui-ci s’avérait prometteur sur le papier, il se révèle décevant, je suis ? Je suis ? Chris Cornell ! Bravo.

Cela faisait un moment qu’on sentait le chanteur se diriger vers un divorce à l’amiable avec les musiciens de Rage Against The Machine et compagnons de scène d’Audioslave. Ainsi, Cornell en profita pour révéler au monde ses projets personnels avec la bande sonore de ‘Casino Royale‘ dont il signa le thème principal, ‘You Know My Name‘. Présent sur l’album, le titre est au final l’un des plus intéressants avec ses arrangements d’une finesse contrebalançant la rudesse d’un James Bond débutant qualifié de ‘bulldozer‘ par sa supérieure hiérarchique. Et si le début de l’album ne se révèle pas désagréable entre un ‘No Such Thing‘ gentillet mais accrocheur et un ‘Poison Eye‘ pouvant rappeler certains titres de Soundgarden par sa guitare, il lui est bien souvent impossible de nous balancer un ‘4 à la suite‘ qui l’emmènerait en finale avec Julien Lepers ! Preuve en est avec le titre suivant, ‘Arms Around Your Love‘, dont le titre évocateur laisse amplement deviner de la gentillesse qui va caractériser un peu trop souvent cet album. Alors même si ça peut passer le temps d’un titre, il est difficile de ne pas trouver ça très ennuyeux sur plusieurs plages, citons-les : ‘Safe And Sound‘ (Crooner N’est Pas Jouer), ‘Scar On The Sky‘ (Dangereusement Ennuyeux), ‘Finally Forever‘ (Permis d’Endormir), ‘Silence The Voices‘ (Jamais plus Jamais) et ‘Disappearing Act‘ (On Ne Dort Que Deux Fois), qui s’en sort tout de même un peu mieux du fait d’une production discrète et délicate qui parvient presque à nous toucher, je dis bien ‘presque’.
Et bien que le chanteur soit irréprochable, le tout manque clairement d’audace et d’aspérité ! La sanction est immédiate, cela entraîne un véritable ennui à l’écoute. Ainsi, j’avoue que si la reprise du titre ‘Billie Jean‘ de Michael Jackson à la sauce Cornell m’avait emballé en live acoustique, la version disque m’ennuie un peu. Rehaussé de piano, j’ai trouvé Chris Cornell cette fois trop sage dans sa voix, le morceau perdant ainsi au passage une partie de son authenticité qui transpirait tant sur le live. Attention à la marche donc ! Il y a de quoi perdre un ou deux zizipotes d’intérêt à vouloir trop en faire sur un morceau qui reste cependant l’un des plus réussis avec une partie instrumentale en fin de composition bien plus rock, ce qui me fait penser que le titre aurait gagné à être tout électrique ou tout acoustique, du moment qu’il était pleinement assumé. Outres ces quelques défauts, l’album propose quelques titres sympas comme ‘She’ll Never Be Your Man‘ emmené par une ligne de basse conséquente, une guitare inspirée et des choeurs efficaces. Cornell sait aussi se montrer intéressant sur ‘Ghosts‘, sorte de titre blues enlevé et où le chanteur s’y montre sous un meilleur jour vocal. La composition étant aussi faite de quelques ruptures plutôt sympas et de changements de rythme qu’on aurait voulu plus fréquents sur le reste de l’album. Au rayon des titres intéressants, on retrouve ‘Killing Birds‘ sur lequel la guitare fait des merveilles grâce à une composition bien pensée et surtout mieux balancée qu’un jeu de mots Ramucho. ‘Your Soul Today‘ se faisant le prolongement musical (inconscient ?) du dernier Audioslave en date, ‘Revelations‘, qui se caractérisait par un esprit très 70’s qu’on retrouvera facilement grâce au clavier mais aussi le groove insufflé par sa guitare. Un groove qui se retrouve en guise de bonus avec le titre ‘Today‘, assez fun en soi avec un Cornell chantant dans un registre aigu assez surprenant.

Telle la roue de la fortune, la carrière d’un artiste se compose de hauts et de bas en termes d’inspiration et ce ‘Carry On‘ de l’ami Chris Cornell en est la preuve même. Semblant avoir retrouvé une indépendance qui lui manquait, le chanteur s’essaie à nouveau à l’exercice solo à l’aide d’une pop/rock un peu trop aseptisée pour susciter un intérêt digne de son passé musical. L’album composé de 15 titres aurait très sûrement gagné à comporter quelques titres de moins et aurait sûrement contribué à éviter ce sentiment de lassitude qui font qu’au final, on a plus envie d’arrêter l’écoute de l’album que de la poursuivre. De ce côté-là, l’aventure solo aura donc été plus heureuse pour Tom Morello que pour Chris Cornell qui n’en est pourtant pas à son premier coup d’essai… Chris Cornell, vous êtes donc le maillon faible !