Quand devient-on vieux ? Lorsqu’on est déclaré positif aux tests débiles qui pullulent sur le net ? « C’est vrai ? Tu te souviens quand Twix s’appelait Raiders ? » Oui, et après ? Ou devient-on vieux quand la musique de jeunes ne vous plait plus ? Voici de la musique de djeunes. The Teenagers. Dans le genre, ils ont super bien choisi leur patronyme. Ce premier album est un album adolescent et c’est sous cet angle qu’il vaut mieux l’aborder. Presque un concept.
Ici on l’aborde en mode vieux con.

The Teenagers est un trio electro-rock aux 2/3 français fondé par d’anciens membres du webzine Liability. Un peu comme si nos Hilikkus, Ross et Justme fondaient un groupe. Ces adolescents ont donc un groupe qui semble cartonner un peu partout sauf ici (nul n’est prophète en son pays). Ces gars sont les méga stars des blogs. Leur musique est diablement accrocheuse, les textes sont comme il se doit carrément débiles, genre mecs de 15/16 ans se branlant devant Scarlett Johansson, une chanson lui est d’ailleurs dédiée… La force du disque est justement cet esprit qui en émane, on se croirait chez Sofia Coppola, on imagine les nanas en slims dans la rue en train d’écouter ça entre Arctic Monkeys et BB Brunes. Les boums d’ado, les premières bières, les parents qui divorcent, le prof d’anglais qui est un connard fini, la voix qui mue, les seins qui poussent et autres réjouissances. Les jeunes adorent. En plus miracle, enfin un groupe français qui cartonne. Un groupe qui semble ne porter aucune trace génétique de Noir Désir. Alleluia. Un groupe français qui fait la nique aux anglo-saxons et nique les anglo-saxonnes. The Teenagers fait une indie pop efficace et naïve, impossible de se sortir de la tête « Homecoming ». De quoi se plaint-on ? Que toutes les chansons se ressemblent ? Oui, mais à la base ça le fait plutôt pas mal. Une longue chanson plutôt bonne.

On se plaint que ce n’est pas mal fichu mais que c’est de la musique pour enfants. Comme avec Placebo ou Indochine, il faut être sacrément plongé dans un trip régressif pour écouter ça lorsqu’on a plus 14 ans et demi. Des gamins qui font de la zik et parlent de leurs soucis de gamins. Tant mieux, on préfère ça à la bouillie pré-digérée que les parents aiment autant que leurs rejetons, oui Keane, Hoosiers etc. L’ado se doit être rebelle dans l’âme. Sauf que, second souci, souci générationnel, les Teenagers n’expriment pas grand chose. Cobain avait un truc à dire, les Beatles aussi. Ici c’est l’envie de se tripatouiller la zigounette devant Scarlet. D’être des stars. Myspace. Paris Hilton. Alyssa Milano. Mouais. Ok c’est mieux que les textes de Papa Roach…Pour apprécier Reality Check, il faut aimer le kitsch ado plus que la Teenage Angst. Dawson, The O.C plus que Salinger.
Je vous livre ma clef du disque : c’est en prenant conscience des ingrédients qui font que ce disque est bon qu’on se rend compte par la même occasion que c’est une belle daube. Concept, concept. Lame à double tranchant. Les gamins qui écoutent ça aujourd’hui seront probablement horrifiés dans un avenir proche. Il n’y a pas de mal. On a tous quelques disques honteux dans un coin d’étagère.
The Teenagers… Après tout pourquoi pas, nous ne sommes que des vieux cons planqués derrière nos écrans alors qu’en attendant ces gars-là ont le monde à leurs pieds, une vie probablement géniale et qui sait peut être qu’ils sortiront avec Scarlett Johansson ou une autre starlette du genre. C’est tout le mal qu’on leur souhaite. Ca et de meilleures chansons.

On aurait adoré aimer mais ça ne va pas être possible. Cela dit, pour l’expérience, écouter Reality Check est conseillé sauf si Jules de la Nouvelle Star vous est d’emblée insupportable.

Ps : Ross, Hilikkus et Justme, chiche je fais manager ok ?