The Verve, c’est une belle histoire. Une belle histoire de méprise. Tout comme les anglais -à commencer par leur superbe presse- essaient de nous faire avaler depuis quatre ou cinq ans que ‘Definitely Maybe‘ est le meilleur album de tous les temps, une rumeur voudrait que The Verve soit un excellent groupe, discographie culte, chansons hymnesques et tutti quanti.
Que ninni. The Verve c’est avant tout un gros coup de bol, un groupe finalement médiocre, plus proche du shoegaze que de la britpop, qui s’est trouvé au bon endroit au bon moment. Comprendre pourvu d’un single carton (et d’un clip malin) au moment où la gloire local se prenait les pieds dans le tapis vers l’éternité (‘Be Here Now‘ quelqu’un ?). Donc ‘Urban Hymns‘ avait cartonné, on ne sait pas trop comment au vu des aérophagiques singles qui ont suivi ‘Bittersweet Symphony‘ et finalement on s’en fout, le groupe a eu la bonne idée de splitter quelques temps plus tard.

Dix ans ont passé et ces dix années sans The Verve n’ont pas été ce qu’on peut appeler une longue traversée du désert. Personne n’a réécouté ‘Urban Hymns‘ depuis 1998, aucune personne pourvue d’oreilles valables n’a supporté la vaine carrière solo de Richard Ashcroft. Reformation logique et nouvel album, ‘Forth‘ qui n’a finalement qu’une seule ambition : faire chanter les foules à Glastonbury, Reading et Leeds. Un album donc grandiloquent, pas franchement dégueu avouons-le, mais qui peine à rééditer le coup de bol du précédent. Si le single ‘Love is noise‘ est correct et que ‘Rather be‘, ‘I see houses‘ ou ‘Sit and wonder‘ sont de plutôt de bonne facture, l’album est ankylosé par son cahier de charges : rien ne sonne vécu, si tout est ampoulé rien ne transcende et il n’y a pas d’idées stupéfiantes… En clair, The Verve signe l’album que les Smashing Pumpkins n’ont pas voulu faire avec ‘Zeitgeist‘ : le résumé de carrière qui contente tous les fans (un peu d’hymnes, un peu de passages noisy, un peu de ballades, des grands moments épiques…). Le souci de Forth tient principalement dans sa carence mélodique, il manque de grandes chansons (‘Valium skies‘ à la limite…), The Verve semble tellement vouloir contenter tout le monde qu’ils ont livré un album quelconque, pour lequel il n’est certes pas interdit de craquer, mais qui défile sans grand intérêt et passe plutôt inaperçu.

Pas grand chose a déplorer donc car on n’attendait absolument rien de The Verve, cela tombe plutôt bien, ‘Forth‘ a assez peu à offrir si ce n’est une élégante ambiance mélancolique, mais dans le même style, l’album d’Elbow est cent fois plus passionnant. Faible.