The Sound Of Animals Fighting, c’est un peu Slipknot version écolo. Bah oui, eux aussi portent des masques mais d’animaux ! Pas pour pousser tous les auditeurs bambis à les écouter mais simplement pour que ceux-ci se concentrent sur la musique et non sur les membres impliqués. Car en plus, le collectif plus qu’atypique de la scène indé US ne cherche aucunement à raccoler car après un premier album plutôt sympa (‘The Tiger And The Duke‘), le groupe a brouillé les cartes avec un second skeud beaucoup plus éclectique passant de la drum n’ bass à l’alternative sans pour autant éviter de faire dans le progressif ou dans le hip hop. Personnellement resté sur le carreau avec cet effort, je n’attendais rien de particulier de ce troisième opus et m’imaginais même que la formation continuerait dans la voie de l’expérimentation.

Après la courte intro en sanskrit, on attaque donc avec le titre éponyme ‘The Ocean And The Sun‘, fiévreux, langoureux, sensuel, le titre retient l’attention d’entrée de jeu. Ici s’entremêlent donc douceurs vocales multiples, sonorités électro lancinantes mais discrètes, instrus tout en retenue pour un résultat hypnotique se concluant par un écho musical (façon outro ambiante à la The Mars Volta). Vient ensuite LE morceau de cet album, ‘I The Swan‘, véritable bombe alternative qui se détache du reste des compos présentes par une interprétation vocale au-dessus du lot. On profite donc d’un Rich Balling au top relayé par un Anthony Green toujours aussi infaillible, tous deux servis par des ruptures musicales de fort bonne facture.
Un titre qui fait un peu figure d’exception dans sa composition car le reste me semble surtout être un sacré mariage entre fureur sonore et rêverie ! Tantôt calme, tantôt nerveux, l’album évolue agilement entre ces deux tempos avec réussite. Pour preuve, ‘Cellophane‘ et sa première moitié jazzy marquée par un solo de saxophone (!) et sa seconde moitié plus chaotique, très proche de la fureur instrumentale propre à The Fall Of Troy. Citons encore ‘Another Leather Lung‘ sonnant de façon très confondante comme The Mars Volta ayant rencontré Incubus dernière génération (façon pop-rock), avant de s’achever dans cette même fureur instrumentale et faussement décousue venue de la chute de Troie.
Et si on peut parler franchement de post rock pour cet opus des z’animaux, ce n’est pas tant pour des compos de 15mn (puisqu’il n’y en a pas ici) mais bien pour l’atmosphère dégagée, très envolée, très onirique pouvant se muer très naturellement en titre plus ‘violent’. Une schizophrénie musicale qui se veut conséquence inévitable d’un groupe disposant de nombreux artistes (et chanteurs) en son sein. Impression confirmée sur le très bon ‘The Heraldic Beak Of The Manufacturer’s Medallion‘ là où on regrettera le raté d’ ‘Uzbekistan‘ qui laissera plus songeur avec son électro barrée et ses choeurs lancinants pour ne pas dire kitsch. Et bien que sur ces 7mn très chaotiques se trouvent quelques passages mieux sentis comme ces quelques parties chantées, nerveuses où l’électro foireuse laisse la place aux guitares. Avouons qu’avec ce titre, on a surtout l’impression d’un interlude musical qui aurait été artificiellement étiré pour un résultat peu pertinent. Et c’est d’ailleurs le point faible de cet album, puisqu’outre ce titre, on a quand même 3 interludes musicaux (‘Lude‘, ‘Chinese New Year‘ et ‘Ahab‘) qui ne contribuent en rien à l’atmosphère de cet album et semblent plutôt le couper dans son élan ! Dommage.
D’autant plus que l’album se paie le luxe de terminer sur un titre ambiant de très bonne qualité (‘On The Occasion Of Wet Snow‘). Les deux voix utilisées pour le chant s’harmonisant naturellement avec une seconde partie de compo plus instrumentale et rock que les Smashing Pumpkins de la grande époque n’auraient pas reniée, grâce à une guitare principale psychédélique appuyée par des choeurs et surtout une batterie au diapason qui en font une superbe sortie d’album.

Le problème de cet album vient de ses interludes, trop nombreux, ne laissant plus que 6 titres sur 10 (n’oubliez pas l’intro en sanskrit), la moindre erreur de parcours (‘Uzbekistan‘) ne pouvait que faire tomber le nombre de titres valables à une petite moyenne de 5 titres écoutables sur 10, ce qui fait tout de même peu. Néanmoins, le disque me semble bien plus accessible que son aîné ‘Lover, The Lord has Left Us‘ bien trop emporté dans ses expérimentations pour faire l’unanimité. Là, les animaux nous livrent quelques titres imparables dont un, qui a lui seul, nécessite l’écoute d’un album franchement plaisant en quelques écoutes à peine.