« L’avant-garde pop » édité par Le Mot et Le Reste revient exhaustivement sur David Bowie. La tâche n’est pas facile car il s’agit d’étudier 29 albums solos pour une poignée de lives, quelques best-of, des projets parallèles tels que Labyrinth. Mais aussi plus rare sur l’impact de Bowie sur les premiers albums solos d’Iggy Pop et Lou Reed. Pour avoir déjà longuement parcouru l’histoire de l’artiste via les hors-séries des Inrocks, Rock & Folk mais aussi de plusieurs livres anglais, je recherchais donc du complément dans cette oeuvre de 448 pages et je l’ai largement eu.

Tout pour la musique.

A savoir absolument avant de démarrer, le livre a une approche très analytique de la musique. En prenant un canevas reprenant le contexte de l’album, le travail en studio, l’analyse des compositions et la tournée qui en découle, l’auteur revient en détails sur les instruments utilisés, l’intention et sur les influences qui ont pu mener à ce résultat. Loin d’être un fan transi, la plume n’hésite pas à émettre des doutes de l’interprétation ou des limites de certaines constructions : le tout restant assez intéressant pour avoir envie de se repasser la chanson ou l’album décrit après la lecture. Les limites de guitares sur Diamond Dogs dévouées au seul Bowie, les interprétations un peu surjouées de Young Americans, les failles de l’homme ne se limite pas au fameux passage à vide des eighties et son ego lui joue parfois des tours.

Made In France

En 450 pages, le bouquin distille une série d’anecdotes improbables. Dans le lot,The Idiot a été enregistré avec un pote d’Alan Stivell (oui le mec de Tri Yann) à la batterie et le bassiste de Magma en section rythmique. Tout comme « China Girl » est une déclaration à la petite amie vietnamienne de Jacques Higelin en visite au château d’Hérouville. Toi fan de Trent Reznor, sache que la sacro-sainte « Closer » de NIN sample la géniale « Nightclubbing » d’Iggy Pop. What the Fuck absolu : sa bassiste depuis 95, Gale Ann Dorsey et son batteur de l’époque sur 1,2,3 Soleil avec Khaled, Faudel et Rachid Taha. Délirant toujours, le groupe de R’n’B TLC pensé par Bowie pour les choeurs sur « Thursday’s Child » a été refusé par le producteur.

Si le livre dit bien des choses, il évite totalement l’aspect extérieur à la musique. Il s’attarde peu sur son rapport aux gens, souvent évoqué dans les autres livres et revues. Non, on n’entend pas parler du Bowie caméléon qui pique à Lindsay Kemp, à la soul US, à la drum’n’bass et bien d’autres. Qui se retrouve drivé dans un premier temps par sa femme Angie, par son manager Tony Defries. Ou encore de ses aventures économiques via la signature record avec EMI pour Let’s Dance et ses tentatives d’entrée en bourse ou de FAI Internet. Si vous cherchez plus de détails là-dessus, passez votre chemin. Ici, c’est la musique et basta : aucune ambition de biographie n’est posée ici.
L’avantage de ressortir en 2016 un livre édité 3 ans plus tôt, c’est de pouvoir y ajouter Blackstar. Disque mystérieux, faisant le pont avec l’expérimentation des années 70 certes mais tout aussi secret que The Next Day dans sa confection. 40 pages sur cette dernière période que vous pouvez compléter par le documentaire préparé par la BBC diffusé par Arte dont on vous a déjà parlé. Pour les mélomanes comme pour ceux qui désirent en savoir plus sur le travail artistique du bonhomme, L’avant-garde pop est une excellente adresse au vu de la mine d’informations qu’il collecte et du travail très poussé qu’il fournit en termes d’analyse. Un livre à clairement considérer donc pour tous ceux qui estiment ne pas en savoir assez.

Pour en savoir plus, je vous propose de découvrir le point de vue de son auteur avec l’enregistrement d’une de ses conférences réalisée dans le cadre du festival Stereolux à Nantes et audible sur Soundcloud ci-dessous.

Teasing pour la prochaine chronique, nous nous attarderons sur la bio Cured de Lol Tolhurst, membre co-fondateur de The Cure.