Avant de partir pour ce Hellfest 2017, nous avons comme tout le monde consulté les augures, qui nous ont annoncé qu’on aurait droit à l’édition la plus chaude du festival. Vu certains pics de chaleur qu’on a pu connaitre ces dernières années, la perspective nous a fait frissonner, enfin, nous a donné des sueurs froides, enfin, vous avez compris. Ces prévisions se sont avérées exactes et le Hell of a Ride promis a pris des allures de Fury Road. Ceci aurait pu avoir des conséquences dramatiques si l’organisation n’avait pas été comme ce fut le cas, absolument parfaite.

L’organisation

Chaque année, les festivaliers soulèvent un défaut principal qui est souvent résolu l’année suivante. Les tentes trop rapidement pleines ont été agrandies, la Warzone inaccessible est désormais complètement ouverte… ne restait plus que la densité de la foule devant les Mainstages, devenue insupportable l’an dernier. L’espace devant les scènes a donc été augmenté, de l’équivalent d’un terrain de foot. Autre plainte datant celle-ci du début du festival : la queue à l’entrée du festival a été fluidifiée et on passe désormais sous la cathédrale bien plus rapidement.

Côté canicule, les installations existantes ont suffi puisque le festival compte déjà trois grandes tentes couvertes, mais aussi un petit bois pour ceux qui voudraient manger ou faire la sieste à l’ombre et quelques jets d’eau pour arroser les spectateurs. La reconversion du skate park en brumisateur est également tombée à point nommé. Reste la poussière, qui constituera peut-être le défi de l’an prochain puisque les équipes du festival cherchent en ce moment un mélange de graines qui permettrait à l’herbe de tenir encore plus longtemps.

Le Before

On n’a jusqu’à présent pas commenté la prestation des groupes qui passent le jeudi soir au Metal Corner (aka la scène du camping) mais cette année on peut dire que le festival a commencé un jour plus tôt avec Gérard Baste ! Dans son album solo sorti en novembre dernier, le vétéran du rap alternatif avait placé un morceau au nom du festival où il attaquait direct « T’inquiètes cette année on fait le Hellfest ! » et vu le couplet de Biffty en featuring dessus on se rend vite compte que le mec a tout compris au festival. Après une telle déclaration d’amour il aurait été difficile de lui refuser quoi que ce soit. Le Prince Gérard est donc venu foutre le feu au festival avant même qu’il ait commencé avec des titres de son nouvel album, dont le fameux « Hellfest », pour lequel il invitera même Biffty sur scène. Quelques classiques des Svinkels feront également gueuler toute la tente. Il n’aura pas réveillé le punk qui était en nous parce qu’au vu du public, on l’était déjà, mais il aura prouvé que chez les metalleux ça connait ses classiques rap.

Gérard Baste au Metal Corner du Hellfest ! #GerardBaste #hellfest #hellfestopenair #hellfest2017 #metalcorner

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Ouverture des hostilités

Comme le veut la tradition, tout le monde était sur le pont à 10h pour l’ouverture des portes de l’Enfer. Notre matinalité n’était pas complètement désintéressée puisqu’à 10h30 c’était Verdun qui ouvrait le festival sous la Valley. Nous avions pu les voir et les interviewer l’an dernier à Saint-Ouen et ça faisait plaisir de les retrouver ici, surtout que pour un concert d’ouverture la tente était quasiment pleine.

Une note lancinante accueille les spectateurs comme une invitation au voyage, puis la machine Verdun se met en place et les riffs pesants viennent donner le ton. Par-dessus tout ça, les déclamations du nouveau chanteur Paulo, récitées comme des mantras, participent un peu plus à l’immersion. La Valley bascule dans l’abysse alors que nous est racontée la dérive spatiale de l’Admiral Masuka. Les musiciens sont verrouillés et jouent comme un seul homme tandis que le chanteur recouvre ses paupières des yeux d’encre qu’il a tatoués à l’intérieur de ses paumes, tel une scène du Labyrinthe de Pan. A la fin du concert, la tente est remplie et la satisfaction se lit sur les visages. On espère les revoir vite et de préférence à une heure plus tardive.

 

Une petite pause puis c’est au tour de Noothgrush, un groupe de sludge formé en 1994 par la batteuse Chiyo Nukaga et le bassiste Gary Niederhoff, rejoints un an plus tard par le guitariste Russ Kent. En 2017 les trois amis sont de nouveaux réunis pour péter des tympans, accompagnés du chanteur au nez troué Dino Sommese. Ce dernier est d’ailleurs équipé d’un septum d’une taille impressionnante qui nous fera croire au premier abord qu’il chante avec un tube respiratoire dans le nez.
Musicalement, on a là un sludge aussi crasseux que haineux qui maîtrise parfaitement l’utilisation du larsen comme instrument à part entière. Difficile de ne pas penser à Eyehategod même si les californiens développent un genre de saleté bien à eux.

Un peu d’esprit

Changement radical d’atmosphère avec Animals As Leaders sur la Mainstage 1, ce qui nous permettra d’entamer un début de bronzage, ou plutôt une pré-cuisson.

Animals As Leaders, c’est du prog instrumental djentisant. On se retrouve rapidement ébahis par l’extrême technicité de ces extraterrestres qui, outre leur capacité à faire courir leurs doigts sur leurs larges manches, construisent et déconstruisent des monuments sonores selon une logique qui leur est propre. On remarquera une différence d’attitude entre les deux maître guitaristes, Javier Reyes restant absolument concentré sur son jeu tandis que Tosin Abasi faisait preuve de plus de détente et s’autorisait quelques sourires au public.

Leur musique est plus propice au voyage intérieur qu’aux grands pains dans la gueule, aussi le public restera plutôt calme, alternant entre la béate contemplation et les éruptions de joie entre les morceaux. Certains s’essayeront au headbang, mais vu le rythme frénétique imposé par les progueux, ceux-ci finissent rapidement par ressembler à des portables sur vibreur, avant d’abandonner.

Retour dans le temple du heavy avec SubRosa, du doom à violons électriques. L’alliance pourrait sembler à première vue surprenante, le genre étant plutôt associé à une lourde simplicité et les seconds à la légèreté faisant la grâce de tous les post-trucs. C’est pourtant exactement ce qui est proposé par SubRosa : un groupe guitare/chant, basse, batterie capable des riffs les plus écrasants épaulé par deux violonistes venant donner de l’amplitude lors d’envolées assez spectaculaires. On notera que les violonistes participent aussi au show avec de furieux headbangs lors qu’elles ne jouent pas. Le résultat se vit comme un beau rêve éveillé et relève les festivaliers les plus fatigués.

Il est seulement seize heures et on attaque déjà la partie tête d’affiche de ce qui restera sûrement (pour moi) la meilleure journée du festival. Si ce vendredi était un concert, on aurait les premières partie de luxe qu’on vient de voir, puis des têtes d’affiche de seize heures à deux heures du matin. Oui, cette année encore, la prog tabasse.

La fête et la guerre

C’est donc Helmet qui inaugure la partie gros calibres de la journée. La bande de new-yorkais débarque pour nous présenter leur dernier album « Dead to the World » sorti l’an dernier, tout en n’oubliant pas non plus les gros classiques comme le fameux « In The Meantime » joué en fin de set. Page Hamilton, sourire en coin et dégaine de chaudronnier, martèle sans répit ses riffs punitifs pour le plus grand plaisir des fans. Les plus de trente ans en sortent en extase, les autres avec une belle découverte et une discographie à écouter.

Le point culminant de la fête aura lieu une heure plus tard avec Red Fang. Les américains ayant fait l’objet d’une petite rétrogradation puisqu’ils étaient passés la dernière fois en Mainstage et qu’on les retrouve ici sous la Valley, on s’attendait à ce que la tente soit pleine. Ce fut le cas. Comme à chacun de leurs concerts, les poilus sont entrés tranquillement, se sont serré la main, puis ont dès la première note déclenché une joyeuse Apocalypse. Des gens qui sautent, qui crient, qui chantent, un nombre incalculable de slammeurs, des membres humains dans tous les sens… C’était Red Fang, c’était la fête.

On était contents de revoir Ministry tout simplement parce que les derniers bulletins de santé d’Al Jourgensen étaient plutôt inquiétants mais vu son attitude ce soir, ça a l’air d’aller mieux. La victoire de Donald Trump semble lui avoir donné un joli coup de boost puisqu’on retrouve sur l’écran en fond de scène ses habituelles images de vidéos youtube conspirationnistes. Le nouveau président a même droit à de nombreux hommages visuels lors de la chanson « Punch In The Face ». Le tonton Al s’est d’ailleurs radicalisé, lui qui était un ninety nine percenter, le voici maintenant carrément devenu, par le nouveau morceau présenté, un « Antifa » ! Côté setlist, ça ratisse assez large avec des titres issus de périodes radicalement différentes. Malheureusement, force est de constater que tout est passé au filtre Ministry moderne et qu’au final… tout sonne un peu pareil.

Ceci ne nous empêche pourtant pas d’apprécier un set aux allures de best of, le poing levé contre les reptiliens du nouvel ordre mondial.


Baroness
entre en scène façon seigneurs de guerre prêts à en découdre pour un set qui prendra des airs de grande bataille épique. On remarque tout d’abord que leur guitariste viking Peter Adams s’est bien aminci, puis il a rapetissé un peu aussi, et il est plus roux, mais il a pris quelques formes… En fait il a quitté le groupe il y a deux semaines. Il a été remplacé par la jeune mais assez expérimentée Gina Gleason, qui a déjà travaillé/tourné avec les Smashing Pumpkins, Santana, Perry Farell… Pour la petite histoire, la rencontre s’est faite lorsque celle-ci a commandé une pédale de fuzz à la compagnie de John Baizley. Celle-ci habitant non loin de leurs locaux, ils ont innocemment checké son compte Instagram et ce fut la révélation. Tout ça pour dire qu’en quelques semaines Gina semble avoir absorbé et digéré le répertoire de Baroness et nous l’envoie dans la gueule avec une énergie destructrice assez incroyable, le tout le sourire aux lèvres. Si John Baizley reste Griffith, alors Gina Gleason est certainement son nouveau Guts. On remarque d’ailleurs une alchimie toute particulière entre le leader et la nouvelle recrue et disons que si l’ambiance se fait par moments torride, ce n’est peut-être pas uniquement à cause de la canicule.
Les nouveaux morceaux à refrains nous font hurler, les anciens titres plus sludgisants nous étripent. Baroness a gagné cette bataille et surement la guerre.

Sorciers, zombies et monstres

On avait presque été déçus par le précédent concert d’Electric Wizard au Hellfest, la faute à un son pas assez heavy, ce qui est tout de même un comble pour ce groupe. Autant dire que ce ne fut pas le cas cette année. Le groupe entre sur « Witchcult Today », un de leurs titres les plus légers et déjà nous fait vibrer les entrailles. Liz nous assène ses riffs telluriques avec la classe qu’on lui connait tandis que Jus s’époumone dans un micro qu’on a peine à croire branché tellement le chanteur est inaudible. Il aura également la bonne idée de faire ses adresses au public entre les morceaux pendant des larsens : personne n’a rien compris.

Le set est composé de leurs morceaux les plus catchy et accessibles avec au milieu une partie plus rugueuse : le classique « Return Trip » de « Dopethrone » enchainé avec le plus récent « Incense For The Damned » de « Time To Die ».

Tout ceci se termine avec le culte « Funeralpolis » et les Chosen Few repartent comblés, des champignons nucléaires dans la tête.

Les dures réalités du running order ne nous permettaient pas de voir le concert de Rob Zombie en entier mais nous sommes quand même allés mater le début, qui fut malheureusement assez gênant. Dès le premier morceau Rob parait essoufflé et semble se débarrasser des refrains de « Superbeast » comme s’il attendait de passer à la suite. La suite ce sera le récent « Get High » puis une improvisation bien trop longue durant laquelle le zombie en chef tente désespérément de faire rimer « France » avec « pants ». Ça traine en longueur, le malaise monte jusqu’à devenir insoutenable… quand enfin il décide de nous délivrer en lançant « Living Dead Girl ». Encore pire que sur « Superbeast », les paroles sont récitées sans grande conviction et le refrain lâché sans aucune énergie, cassant ainsi la dynamique d’un morceau habituellement hyper efficace.

Il s’agit sans doute d’un jour sans pour le Zombie et on décide d’arrêter de se faire du mal en allant se placer pour…

Monster Magnet ! Tout simplement le concert de la journée, voir du festival si une certaine reformation ne venait pas lui voler le titre le lendemain. Comme en 2014 le groupe est revenu avec un set best-of démontrant toute la puissance tubesque mais aussi trippesque du Space Lord.
C’est bête à dire, mais Dave Wyndorf a perdu du poids et alors qu’il avait l’habitude ces dernières années de passer les concerts engoncé dans de grosses vestes en cuir, il est maintenant plus court vêtu et plus libre de ses mouvements. On le voit donc pleinement faire le show et passer d’un côté à l’autre de la scène pour encourager le public.

Wyndorf a promis que le prochain album serait plus direct et moins contemplatif… on peut dire que c’est cette facette de Monster Magnet qui nous a été présentée ce soir. Les éléments psyché sont toujours là et « Dopes To Infinity » joué en ouverture reste après tout l’hymne du hippie moderne, mais le ton était bien plus rentre dedans qu’à l’accoutumée. Monster Magnet c’est ça, du psyché de combat, du peace and love à grands coups de poings dans la gueule.

Randonnée digestive en Enfer

Il était difficile de choisir entre les trois concerts de clôture. La décision fut donc prise de faire les trois.
On a pu apprécier un tiers de la classe des vieux punks de The Damned, de la baddance d’In Flames qui nous demande de profiter de la vie après nous avoir raconté l’histoire de leur ami mort dans un accident juste avant son mariage et du pirate metal d’Alestorm dont l’équipage était visiblement assez nombreux.

La journée de Boris

Arrivé sur les derniers titres de Verdun, j’ai été très surpris de l’affluence sous la Valley pour un concert d’ouverture. Les français ont rameuté beaucoup de monde, ce qui s’est confirmé une heure plus tard avec bien moins de monde pour Noothgrush qui n’ont pourtant pas démérité.

Il y avait un peu trop de notes à la seconde pour moi avec Animals As Leaders, j’ai largement préféré revoir Subrosa juste après. Leur mix gros son et violon est toujours un régal.

Pas convaincu par Avatar, je retourne rapidement à l’ombre de la Valley pour en prendre plein la gueule avec Helmet puis Red Fang. Quatrième fois que je les vois et toujours aucune lassitude : riffs de folies, convivialité et joie partagée, impossible d’être déçu avec les gars de Portland.

Comme l’a souligné Foofree, c’est sans déception que l’on quitte Rob Zombie pour privilégier Monster Magnet. En avalant un mot sur deux sur ses refrains, le Rob casse complètement le rythme de ses titres et surtout j’avais fait l’impasse sur Monster Magnet lors de leur dernier passage. Et c’est en effet un des meilleurs concert du festival auquel on a eu droit, même si j’aurais apprécié un peu plus de titres planants.

Pour la clôture, on aurait dû rester devant The Damned, le charme des vieux punks ayant reçu ma préférence face à In Flames puis Alestorm.