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Nulle autre manière de passer un excellent dimanche soir que d’aller au Trabendo assister aux performances étincelantes de deux jeunes artistes bluffantes, Léa Sen et Nilüfer Yanya.

Récemment signée chez Partisan Records, maison des IDLES et de Fontaines D.C., Léa Sen nous vient de Cergy et vit maintenant depuis 2019 à Londres. La régionale de l’étape a ramené des proches dans la fosse et dès la première chanson, on prend une claque et ce n’est pas seulement pour utiliser l’expression, souvent gratos. Une voix d’une pureté et d’une puissance très, très rare nous fait penser que oui, Whitney Houston est dans la place ! Simple, évocatrice et doté d’une vraie présence scénique à en faire taire la foule, elle est complètement à sa place en ouverture de Nilüfer Yanya. Si ses morceaux studios sont portés par des beats électro, elle est ici très à l’aise avec sa guitare en solo. On n’a qu’une seule chance de faire une bonne première impression et pour le coup Léa Sen nous a soufflé et on est vraiment très curieux de voir la suite !

Découverte lors de l’émission Echoes d’Arte en compagnie de King Krule et BEAK>, Nilüfer Yanya supporte ici son deuxième album, PAINLESS. A la première écoute, on se mord déjà les doigts d’avoir raté son showcase au disquaire Balades Sonores en début de mois. Porté par un son plus électronique, ce nouveau disque est une avalanche de pépites bien rythmée, sensible et immédiatement évocatrices. Dans une disposition assez spéciale, les membres du groupe ont de l’espace et la scène du Trabendo ne nous a jamais paru si grande. Sur la gauche un batteur en retrait, une bassiste en fond de salle dans l’ombre de sa frontwoman et une claviériste/saxophoniste et backing sur la droite. Et au milieu trône l’interprète principale qui attire tous les regards. Par sa voix si particulière, son jeu de guitares lead qui porte toutes les mélodies de ces titres et un charisme évident. Sympathique mais pas bavarde, heureuse d’être là mais point trop démonstrative, il n’y a pas besoin de trop en faire quand le talent parle à votre place.

PAINLESS habille la moitié de la tracklist et quel plaisir de retrouver midnight sun, stabilise ou the dealer dans des versions encore plus chaleureuses. La présence de la batterie donne un vrai plus aux morceaux grâce à la frappe nette et précise et bien en avant dans le mix, tout comme le saxo inattendu qui donne un aspect encore plus soigné aux compos. Une qualité sonore qui n’a rien à voir avec le concert d’Yves Tumor vu 10 jours plus tôt où tous les potards avaient été mis à fond, perdant toute subtilité. Le set défile avec cohérence en mêlant les deux albums et deux EPs de la chanteuse. La différence dans les titres se fait dans l’omniprésence des guitares sur Miss Universe, plus rock dans le son que ses successeurs comme sur Heavyweight Champion of The Year qui bouclera le set.

Une constante est là, sa voix et son travail pour la placer dans un style très « corporel » qui sied parfaitement avec son jeu de guitares. Toute en respiration et aspiration, avec ce timbre spécifique qui fait de tout le concert un moment suspendu dans le temps où personne ne parle, accroché à chaque titre et dont le silence n’est coupé que pour applaudir. Signe que la qualité de l’interprétation est bien là et que l’on n’aurait jamais échangé notre place ce dimanche soir, et ce même dans le plus confortable des canaps. Hier dans un Trabendo complet, on se demande où elle pourra aller mais il est sûr que le temps des petites salles et des concerts à 20€ ne risque pas de durer longtemps.

Nilüfer Yanya, comme Léa Sen, sont encore en tournée européenne ces prochains jours et on leur souhaite d’être très occupée cette année. Leur talent et la qualité de leurs titres devraient faire le reste.