Alors que la triste nouvelle de la mort de Mieszko Talarczyk, leader de Nasum, est tombée il y a presque un mois déjà, la communauté des grindeux du monde entier se sent comme amputée d’un de ses membres les plus prolifiques et prestigieux. Celui qui faisait le lien de toute cette communauté, du moins en scandinavie, est parti et alors qu’on se demande toujours si des cendres de Nasum renaitra encore quelque chose, tout le monde se demande qui pourra bien leur succéder au titre de groupe phare d’un style souvent trop dévalorisé. Beaucoup de regards se tournent donc vers les finlandais de Rotten Sound, et leur nouvel album, ‘Exit‘, une des dernières production du regretté Mieszko. Cinquième album déjà, si on compte les doubles albums, avec nottement l’énormissime ‘Murderworks‘ de 2002. Après un DVD, ‘Murderlive‘, plutôt vide et décevant, les quatre finlandais se devaient de nous offrir un opus à la taille de leurs précédentes productions.

Après la claque de l’artwork qui traite un sujet vu, revu et qui ne fait plus rien à personne, le suicide, d’un point de vue pour une fois beaucoup plus inhabituel, esthétique et dérangeant, on passe à l’écoute. Et là c’est la droite, que dis-je, le coup de boule avec ‘Exit‘ : 50 secondes de bourdonement, et entre le chargeur qui rentre dans l’arme et le coup de feu qui clôture le titre, 15 secondes de pure adrénaline, comme la vie qui défile à toute vitesse devant les yeux de celui qui a choisi de mettre fin à ses jours. Que celui qui osera dire que ce titre ne fait pas son petit effet me jette la première pierre…allez j’attends…

Les 17 autres titres qui suivent sont du même accabit : un grind puissant, rapide mais qui sait se ménager avec des mid-tempos là où il faut, un son bien clean tout en étant saturé de partout (on reconnaît la Mieszko‘s touch) et assez loin de leurs premières production un peu trop underground. D’accord ça s’apelle Rotten Sound, d’accord on veut rester roots et compganie, mais bon faut qu’on s’y retrouve quand même. G, derrière son micro, sait désormais varier ses intonations et passe facilement de grognements death comme sur l’apocalyptique ‘Havoc‘ à des hurlements plus spontanés et presque punk, comme sur le très lourd ‘Nation‘ dont l’intro de basse et la batterie ternaire rapelleront innévitablement les rythmiques de Nasum. ‘Western Cancer‘ reste le point culminant de l’album, alliant la brutalité d’un grind survolté à des passages de hardcore simplissimes mais tout simplement jouissifs, le tout pour un titre qui devrait rester dans l’histoire.

Alors les mauvaises langues diront que depuis ‘Under Pressure‘ qui les avait révélés, le quattuor s’est adouci, et que leur son reconnaissable entre mille par son côté crad poussé à l’extrême, nottament celui de Q à la guitare, qui leur avait valu ce nom si particulier, a disparu pour laisser place à quelque chose de plus abordable. C’est pas faux, et les plus hardcore d’entre les fans regretterons surement quelques petites saturations deci delà, mais que ceux qui voient en ce groupe un autre clone de Nasum se détrompent. Oui, certaines sonorités reviennent, mais les structures des titres (‘Follow‘), le chant beaucoup plus varié (‘V.S.A.‘), l’absence totale de mélodie ou encore une batterie beaucoup plus présente constituent autant d’élément qui aident le groupe à se forger une personnalité propre.

Quand on voit leur évolution depuis ses quelques derniers albums, on ne peut donc s’empécher de penser que Rotten Sound est bien parti pour s’imposer comme une des formations les plus inventives et prometteuses de son style. A mi-chemin entre un ‘Murderworks‘ très death mais tellement accrocheur et un ‘From Crust ‘Til Grind‘ pur gore et plus traditionnel avec ses 40 titres, ‘Exit‘ est tout simplement un chef-d’oeuvre, simple et tellement efficace. Un bel hommage à Nasum, auquel G emprunte par moments le côté militant et politiquement engagé entre un ‘The Weak‘ défenseur du tiers-monde, le nihilisme de ‘Mass Suicide‘ et l’anarchisme affirmé de ‘Follow‘. La scène grind est loin d’être morte avec son leader et ce ‘Exit‘ de Rotten Sound ne peut être qu’une impulsion pour un nouveau départ.