Queens of The Stone Age – Perfecth

Lopocomar
4 min. de lecture
6
Décepthion

Après un passage aux Catacombes de Paris largement documenté et brillamment exécuté l’an dernier, Queens of the Stone Age et son mentor semblaient mûrs pour négocier un virage intimiste, acoustique et orchestral. À peine quinze mois plus tard, ce neuvième long-format débarque déjà à contre-courant.

Depuis des décennies, Josh Homme nous a dressés aux déflagrations dans le désert, aux rythmiques de plomb et aux cathédrales de riffs taillées pour ébranler les festivals. Avec Perfecth, le colosse de Palm Desert remise une bonne partie des amplis au garage pour enfiler le costume plus feutré du crooner acoustique fringant. Une trajectoire intrigante et prometteuse sur le papier, qui ressemble hélas à une generator party improvisée en fin de soirée, fauchée en convives comme en vivres.

Le problème ne vient pas tant du ralentissement de tempo que de la nonchalance avec laquelle l’ensemble est emballé. Perfecth sonne moins comme le successeur d’un disque d’envergure que comme une Desert Session bâclée sur un coin de table basse : une enfilade d’esquisses et d’improvisations sans liant, où Homme s’écoute susurrer dans le micro pendant que le reste de la bande s’efforce de ne pas faire trop de bruit. L’homme fort s’est concentré sur sa plume, certes introspective et écorchée, mais il a laissé la rigueur architecturale et la pyrotechnie au vestiaire.

Là où les Californiens brillaient par leurs structures à tiroirs, leur lourdeur millimétrée et cette capacité à révéler des trésors cachés au bout de dix écoutes, ce nouvel effort étale immédiatement ses limites. Les morceaux sont courts, l’exercice paraît expédié et le disque s’achève sans qu’on ait eu le temps de s’en imprégner. Entre l’incohérence générale et ce recyclage bancal de Sunday chipé à Post Pop Depression en plein milieu du tracklisting, le sentiment de surplace domine. Pour quiconque venait chercher la morsure, les larsens et la dynamique viscérale qui ont forgé la réputation du groupe, la déception est frontale : ça manque cruellement de chair, de tranchant et de production pourtant assurée ici directement par le chanteur et le bassiste Mike Schuman.

 

Balayons tout de suite le procès en passéisme : il ne s’agit pas de camper les gardiens du temple rétrogrades, pétrifiés entre le rictus déchiré de Rated R et le rouleau compresseur de Songs for the Deaf. On a toujours défendu leurs disques récents, peu importe les époques, les parti-pris ou le personnel en studio. Mais sur ce champ de ruines chaotique, seules les dépouillées It’s Only Love et Mono, ainsi que les constructions de Where The Goth Girls At? et Run Away From The Mob, surnagent et justifient d’y remettre une tête. Ce dernier titre, démo laissée sur la table de l’époque Like Clockwork semble appeler à un autre disque tout aussi introspectif mais plus travaillé que l’on aurait préféré écouter.

Quitte à assumer une rupture totale, pourquoi ne pas avoir franchi le pas d’un disque orchestral de bout en bout ? Si le but était de révéler la beauté cachée derrière les décibels des compositions, il était aussi possible de verser vers une approche à la Uncovered Queens of The Stone Age sorti en 2013 et adoubé par l’auteur principal. Présenté comme l’inauguration d’un troisième acte, Perfecth fait surtout l’effet d’un pansement arraché à la hâte pour pouvoir enfin passer à autre chose. On sera évidemment aux Arènes de Nîmes en juin 2027 et au rendez-vous pour la suite avec l’espoir que la copie soit cette fois à la hauteur du pedigree de ses géniteurs.

 

Décepthion
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