Rares sont les formations issues du rock indépendant des années 2010 capables de traverser les modes sans se momifier dans leur propre formule. En un peu plus d’une décennie, DIIV est passé du statut d’espoir dream-pop tourmenté à celui de référence incontournable de la scène alternative américaine, opérant une métamorphose sonique aussi exigeante que méthodique. Loin de s’endormir sur ses acquis, le groupe remet aujourd’hui son statut en jeu à travers une collaboration en studio que personne n’avait vue venir.
Après des débuts marqués par les disques Oshin et Is The Is Are, imprégnée d’influences post-rock, de shoegaze et de respirations mélodiques sensibles héritées de The Cure, DIIV a franchi un palier générationnel majeur. Porté par un engouement massif de générations plus jeunes et un véritable carton post-Covid avec les deux albums suivants, le quatuor new-yorkais négocie un virage inattendu en s’associant à la production avec A. G. Cook, l’homme derrière certains succès de Charli XCX et de Caroline Polachek.
À l’arrivée, si l’on peut rester décontenancé face à quelques morceaux volontairement provocateurs comme l’autotuné Trillions ou la synthétique Idiot In The Sky, il serait bien dommage de s’arrêter à ces choix déroutants. La qualité de composition du groupe reste évidente : DIIV n’a pas perdu sa force en matière de guitares, d’atmosphères sonores et d’interprétation. The Crash en est le parfait exemple : le titre s’ouvre sur un glitch froid avant de déployer un premier couplet très mélodique et immédiat, pour finalement basculer dans un refrain fracassant soutenu par une batterie omnipotente qui emporte tout sur son passage. De même, sur l’incontournable Evangelizer, le groupe prouve sa faculté intacte à maintenir une tension électrique permanente et un sens aigu de la montée, même au sein de formats drastiquement resserrés sous la barre des 3 minutes. The Fountain ou Underground sont d’autres réussites, se rangeant directement dans les meilleures chansons du groupe.
Pour mesurer la cohérence de cette trajectoire, il fallait d’ailleurs les voir sur scène lors de leur passage au Badaboum à Paris le 2 novembre. Dans une salle chauffée à blanc, DIIV a livré une prestation exceptionnelle, démontrant une capacité insoupçonnée à marier ses différentes époques avec une puissance brute, une qualité d’interprétation sans faille et un vrai mur du son faisant headbanger les 3/4 de l’assistance dès les premières minutes des nouveaux morceaux. Ce qu’il y a de plus bluffant dans cette réussite, c’est la cohérence et la maîtrise que le groupe a su trouver dans une entreprise aussi casse-gueule. Signe que leur talent avait été sous-estimé et que l’effort collaboratif pour la composition mis en place depuis Deceiver fait bien plus que porter ses fruits.

